Le coin historien6 1Juillet aout 22021

Par Jean-Luc QUÉMARD

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Goethe aux environs de Verdun
(Deuxième partie)

Relatant son passage dans Verdun, en compagnie du duc de Weimar, il fait état d’achat de dragées chez un confiseur, un nommé Leroux dont le magasin se situe à proximité d’une petite place[1]. Il s’agit du confiseur Jean-Louis Leroux dont le magasin se situe rue grande Mazelle (orthographe de l’époque, résultat de mes recherches dans le registre contrôle des habitants de 1792 de la paroisse St-Pierre d’Angelé aux archives municipales). Il fait également état d’un déjeuner pris dans une auberge réputée où ils dégustent un gigot de mouton arrosé d’un excellent vin rouge de Bar, il ne désigne ni le nom ni le lieu. Il fait état aussi d’un soi-disant bal qui eut lieu à Glorieux, faubourg non éloigné de Verdun à la sortie ouest.

Les camps prussiens sont établis à Bras, Glorieux et Regret. Quant à Goethe et Weimar, ils se sont établis à compter du 3 septembre dans une ferme à Jardin-Fontaine, un quartier non éloigné de Verdun. C’est à Glorieux que Frédéric-Guillaume II établit son quartier général et c’est pour récompenser les notables de Verdun que lui est venue l’idée d’organiser un bal dans cette localité. Cette affirmation contestée par les détracteurs de Goethe paraît peu vraisemblable.

Le 11 septembre, l’armée des coalisés part à la rencontre de l’armée française qui se termine par la bataille de Valmy le 20 septembre[2]. Elles franchissent l’Argonne en trois endroits : l’armée de Brunswick passant par Jardin-Fontaine, Thierville-sur-Meuse, Sivry-la-Perche, Malancourt où Goethe passe la nuit dans un confortable logis. Le lendemain, reprise du voyage en passant par Montfaucon d’Argonne, la troupe rejoint le passage du Chêne Populeux puis Landres (Ardennes) ; l’armée commandée par le général Hohenlohe-Kirchberg passant par Clermont-en-Argonne et Les Islettes, rejoint le-dit passage ; plus au nord, l’armée commandée par le général Clerfayt passant par Stenay, rejoint le passage de la Croix-aux-Bois (Ardennes). À l’issue des combats lors du passage du massif argonnais, c’est à Valmy que le destin de la jeune république se joue où l’armée des coalisés fait face à celle de Kellermann et Dumouriez. Vaincus, l’armistice étant signé le 23 septembre, les troupes prussiennes après échange de prisonniers prévu dans l’accord, commencent à préparer leur retour.

Les Prussiens retraitent à compter du 29 septembre et doivent faire face d’une part aux francs-tireurs de l’Argonne qui leur causent bien des soucis et d’autre-part au temps exécrable qui engendre l’abandon de matériels (fourgons, canons, caissons) sur les chemins boueux. Goethe effectue ce trajet dans une voiture de cuisine et le 9 octobre passe à nouveau la Meuse[3] à Consenvoye où la troupe installe un bivouac pour y passer la nuit. Goethe sur les consignes du duc continue son chemin avec deux officiers malades pour trouver refuge à Verdun. Repassant à Bras, il retrouve son fourgon-lit et son domestique lui servant de conducteur. Il gagne Verdun où il est hébergé au soir dans une maison (non localisée) qui porte encore les stigmates du bombardement et dont le maître est un gentilhomme, chevalier de la croix de St-Louis. Loge en face de cette demeure un certain Baron de Breteuil (1730-1807), ex-ministre de Louis XVI, celui qui est à l’origine de l’affaire du collier de la reine. Le lendemain, il visite Verdun avec un jeune qui lui sert de guide et s’arrête dans une fabrique de pâtés (absence du nom et non localisée) où il s’adonne à la dégustation. En effet, le patron de ce commerce y voit là une excellente publicité pour son établissement. Le bon temps prend fin le lendemain, le 11 car dans la débâcle, il reçoit à nouveau de la part du Duc la consigne de reprendre la route pour Étain où il prend un succulent déjeuner dans une auberge située place du marché, rejoint Spincourt qu’il appelle « Sebincourt » où il est hébergé pour la nuit. Durant cette retraite quelque peu bouleversée par les évènements, il est parfois sollicité par les paysans et les villageois pour mettre fin au pillage d’animaux et de menus matériels. Goethe à cet effet, usant de son entregent règle du mieux qu’il peut tous ces soucis.

Le 13 octobre, il quitte la Meuse et la Lorraine en passant par Longwy pour rejoindre le Luxembourg belge à Arlon où il est hébergé dans la famille de son domestique. Le lendemain ils repartent sur Luxembourg, gagnent Trèves et Coblence. Ainsi, se termine son deuxième voyage en France, le premier ayant eu lieu en 1770 en Basse-Alsace et en Lorraine.

En 1870, les Prussiens reprennent pratiquement le même itinéraire pour faire à nouveau le siège de Verdun, l’artillerie s’installe fin août sur les hauteurs entourant la cité (côte St-Michel, côte St-Barthélémy, les hauts de Belrupt).  Les Allemands y reviennent en 1916 pour la grande bataille de « Devant Verdun », puis à nouveau en juin 1940 où ils occupent la cité jusqu’à la fin août 1944.

Qui peut penser qu’un jour, ce Grand personnage devenu populaire et historique dans la mémoire des hommes est venu par la force du destin passer quelques jours dans ce beau village du nord-meusien. Il est vrai qu’il n’a eu aucune influence sur le cours de la guerre, critiquant sans vergogne la lenteur opérationnelle de Brunswick et la précipitation du roi de Prusse, duquel il est ignoré. Je termine mon propos par deux de ses citations qui me marquent profondément, « Nul n’est plus esclave que celui qui se croit libre sans l’être » et en parlant de la révolution française, « Aujourd'hui s'ouvre une ère nouvelle de l'histoire du monde », phrase prononcée lors de la défaite à Valmy et écrite dans son ouvrage relatant sa campagne en France.    

 

[1] Il s’agit de la place Mazelle, puis Mazel et Foch aujourd’hui.

[2] Le lendemain, le 21 septembre 1792, la monarchie constitutionnelle est abolie par la convention.

[3] Le duc de Weimar fait état de la traversée de la Meuse au village de Vilosnes, non loin de Sivry-sur-Meuse.

(Toutes les photos peuvent être agrandies d'un simple clic)

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Parcours de Goethe dans le nord meusien : en bleu, le trajet aller et en rouge, le trajet retour

Fontaine du goulot, vue vers Charny Fontaine du roi de Prusse, vue nord-ouest
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Baptême de Jean-Louis Leroux (Extrait du registre paroissial)

Justificatif résidence de Jean-Louis Leroux (Extrait du registre paroissial contrôle 1792)

 

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