Ecrits d hiver06-juin-1.jpg2021

L'inclassable de

Reber claudine

Claudine REBER

La chaise

C’est l’histoire d’une chaise,
D’une petite chaise d’adulte.
Courte sur pattes, on ne sait pas pourquoi, 
Elle n’a pas le format d’une chaise habituelle.
Elle est paillée ; un rempaillage qui date de cinquante ans, je m’en souviens.
Elle était arrivée chez mes parents en très mauvais état, suite à un héritage.
Longtemps elle a vécu recluse, sans siège dans le garage.
Et puis un jour, mes parents ont décidé de la faire réparer.
Elle est partie se refaire une beauté.
Et quand elle est revenue, elle avait une autre allure.
Une paille bien serrée, lui a redonné toute son activité.
À présent, tu es dans notre maison
Tu as trouvé ta place près de la télévision.
Et quand je passe près de toi,
Il y a, comme un « je ne sais quoi »
De sympathique, de bonheur qui se dégage de toi
Et qui m’inonde à chaque fois.
Pourquoi ?

« Je suis cette petite chaise d’adulte ;
Courte sur pattes, je ne sais pas pourquoi.
Peut-être le fruit de l’imagination du menuisier qui m’a construite.
Je suis peut-être centenaire.
J’ai vécu longtemps chez ton grand-père, puis chez ton père.
Nombre de postérieurs se sont affalés ;
Nombre de genoux se sont posés, pour prier.
Sur cette paille qui m’habille depuis toujours.
Et qui a fini par craquer un beau jour.
J’ai servi les us et coutumes de plusieurs générations,
Puis j’ai été mise au « garage-placard »,
Quand, épuisée, je me suis trouvée éventrée,
Par tant de kilos à porter.
Un beau jour, ton père en a eu assez
De me voir ainsi abîmée ;
Alors il a décidé de me faire ressusciter.
Dès lors, ma vie de chaise a repris,
Sur un fond de mai soixante-huit.
Et depuis, j’ai gravi les échelons
Car à présent, je sers surtout de décoration.
Mais toute ma carcasse transpire et porte la mémoire de tes racines.
Et je t’envoie les ondes de tes ancêtres, partis dans l’éternel abîme. »    

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Commentaires (2)

Claudine Reber
  • 1. Claudine Reber | vendredi, 04 juin 2021
Bonjour madame,

Je vous remercie pour ce nouveau commentaire de votre part, au sujet d'un de mes textes paru sur le Porte-Plume. Je ne savais pas que ces chaises servaient aux jeunes mamans pour allaiter ; par contre quelqu'un m'avait dit qu'elles servaient (aussi !) pour les veillées. Les gens se mettaient autour de la cheminée et ils avaient plus chaud vu la petite taille des chaises.
Quand "ma" petite chaise est arrivée chez nous, chaque fois que je passais devant une profonde émotion m'envahissait. C'est comme cela que ce texte est né. Et figurez-vous que depuis que j'ai écrit, eh bien l'émotion est partie quand je la vois. Je pense qu'elle voulait que je raconte sa vie !!!
Au plaisir de peut-être vous rencontrer lors d'un salon... Claudine Reber
morin-martine@wanadoo.fr
  • 2. morin-martine@wanadoo.fr | jeudi, 03 juin 2021
Bonjour Madame,
Jolie petite histoire de chaise...
Elle m'évoque une autre petite chaise paillée, aussi héritage de deux à trois générations précédentes,
et qu'on appelle chaise de nourrice, parce qu'elle servait à une maman à allaiter son bébé.
Plusieurs mères ont dû l'utiliser, et plusieurs bébés aussi sur les genoux de ces mamans.
Les pieds plus courts qu'une chaise normale donnaient certainement un meilleur confort à la maman.
Chez nous aussi cette petite chaise a été rempaillée il y a plusieurs années.
Elle est encore sous nos yeux le témoin de ce passé un peu lointain, mais si proche dans nos cœurs.
Merci pour cette évocation tendre.
Martine Morin

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