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Par Dominique LACORDE

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L'inconnu de la poste
de Florence AUBENAS (2021)

 
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L’auteure Florence Aubenas est grand reporter au Monde depuis 2012. En août 2014, une directrice de casting l’appelle pour lui parler de Gérald Thomassin accusé de meurtre ; elle lui dit qu’il est incapable d’avoir commis un tel crime. F. Aubenas décide d’enquêter.  G. Thomassin sort de prison après trois ans de préventive, sans avoir été jugé. Elle va le rencontrer à de nombreuses reprises.
Le récit se passe à Montréal-la-Cluse dans le Haut-Bugey, ville de 3 900 habitants, enclavée dans les montagnes, surnommée la Plastic Vallée à cause de ses industries du plastique. Cette ville a réussi à conserver sa poste.

Catherine Burgod est la seule employée. Fille unique de Raymond Burgod, un notable, numéro 2 de la mairie, cette jolie femme mariée a deux enfants ; sa relation de couple s’est dégradée au fil du temps. Déprimée, elle fait une tentative de suicide. Son mari accepte alors le divorce. Dans une discothèque, elle rencontre un homme. Il travaille en usine. Hospitalisée après une nouvelle tentative de suicide, elle apprend qu’elle est enceinte. C’est l’occasion d’une nouvelle vie, elle s’installe avec son compagnon.  

Gérald Thomassin est un enfant de la DASS, il ne connait pas son père, il voit sa mère, alcoolique et toxico, de façon épisodique. En 1989, le cinéaste Jacques Doillon s’est mis en tête de trouver « son petit criminel » dans les centres pour mineurs de la région parisienne. Un éducateur lui propose Thomassin. Il va sur ses 16 ans, il a l’air d’en avoir 12. Doillon tombe en arrêt devant le gamin. À l’écran, il éclate. Le petit criminel remporte le prix Louis Delluc. Thomassin est sacré César du meilleur espoir masculin en 1991. Pendant l’été 2007, il arrive au camping de Montréal-la- Cluse. Il souhaite s’établir à Montréal. Au camping les vacanciers se plaignent de Thomassin. Trop de bruit, trop d’alcool, la patronne du camping lui demande de s’en aller. Il va s’installer en face de la petite poste où il ouvre un livret A. Sur le formulaire à la case profession il écrit « acteur ».

Le 19 décembre 2008, Catherine Burgod est assassinée de 28 coups de couteau dans la poste. La somme dérobée, de 2 600 euros, est un butin bien maigre pour pareil massacre. Crime passionnel ? Son ex est le seul dont le nom revient systématiquement, le seul à qui on puisse prêter un mobile. Il vient d’apprendre que Catherine est enceinte de son nouveau compagnon. Certains indices le disculpent. C’est le témoignage de deux dames âgées qui rencontrent Thomassin en pleurs à côté de la tombe de Catherine Burgod qui va l’accabler. Il leur raconte sa vie, elles le trouvent inquiétant et en informent la brigade. Un autre témoignage est fait par un employé de la grande poste, dans la salle d’attente, Thomassin s’est mis à parler du meurtre, comme ça, tout seul. L’appartement de Thomassin est perquisitionné. Thomassin est placé en garde à vue le 4 mars 2009. Les expertises faites par les labos sont négatives. L’ADN retrouvé à la poste ne matche pas avec celui de Thomassin. Trois ans plus tard l’enquête piétine. Les soupçons pèsent toujours sur Thomassin. En 2013, il reçoit une convocation pour une audition. La section de recherche de Lyon se déplace pour l’entendre. Thomassin est perturbé, il boit trop, il téléphone à son frère, complètement ivre, il lui dit : « Je vais leur dire que c’est moi qui ai fait ça ». Le coup de téléphone est enregistré par la police. En garde à vue, lors de l’interrogatoire, il nie avoir tué Mme Burgod. Toutefois il est mis en examen pour vol avec arme et homicide volontaire. Il est incarcéré à la maison d’arrêt de Lyon. En 2016, le renvoi aux assises est annulé par manque de preuves matérielles. Il bénéficie d’une libération provisoire en juin 2016. En novembre 2017, l’ADN matche avec celui d’un ambulancier qui reconnait avoir pris l’argent mais nie le crime. Pour Thomassin, il reste une confrontation à Lyon le 29 août 2019. Il a hâte d’y aller. Mais, il n’y est jamais venu. Sa trace se perd à Nantes où il ne connait personne, depuis il n’a pas réapparu. Un non-lieu a été prononcé à son encontre en juin 2020.

Ce livre se lit comme un thriller, une enquête. L’écriture est fluide et agréable. Les personnages, touchants et émouvants, sont remarquablement décrits et très attachants. L’auteure décrit bien leur personnalité et leur  psychologie dans le cadre d’une petite ville de province avec ses notables et ses marginaux. On ne retrouve pas du tout un style journalistique mais c’est un véritable livre d’auteure qui ne porte aucun jugement. On a hâte d’en connaitre la fin qu’en fait… on ne connaitra jamais. Je vous le recommande vivement.

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Florence AUBENAS en compagnie de Dominique LACORDE au salon du livre de Verdun le 3/11/2018

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