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Par Daniel DUBOURG

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 Gianni et le fantastique

2021 05 lj

S’ils ne sont pas contraints par une certaine forme d’éducation ne leur permettant pas de laisser libre cours à leur imagination, les enfants ont une forte capacité de créer des univers fantastiques. Les mots d’enfants en sont le témoignage.

Ils parviennent à décrocher de la réalité ou plutôt à s’en servir pour y greffer des situations inattendues, insolites et paradoxales, point commun avec le fantastique adulte. Dans les histoires qu’ils inventent, il y a donc souvent une collision inattendue entre un événement quotidien, banal, et un autre, tout à fait fortuit et spontané qui va constituer la source de l’histoire.
Pour l’adulte, la réussite est plus incertaine si des blocages empêchent l’expression de la spontanéité.

Dans tous les cas, il est intéressant de passer par un certain nombre d’exercices de verbalisation et d’écriture, afin de s’autoriser à créer, dire et écrire. Et cette phase vaut pour tous les domaines impliquant une création.

La grammaire de l’imagination constitue un véritable livre de chevet pour ceux qui désirent travailler sur le développement de cette faculté. On trouve dans l’ouvrage quantité de réflexions à ce sujet, mais aussi une foule de situations aptes à déclencher le processus imaginatif.

J’ai toujours pensé que, dans les écoles et les ateliers d’écriture, on devrait posséder et utiliser l’ouvrage en question, car il peut donner des éléments déclencheurs -des stimuli, comme on dit - à de nombreuses situations, et ceci à n’importe quel âge.

L’auteur de cette Grammaire de l’imagination se nomme Gianni Rodari. Né en 1920, il a été enseignant et journaliste. Sa biographie témoigne de son engagement politique et pour la jeunesse. En 1970, il se vit décerner le Prix Christian Andersen.

L’évocation de certains titres de ses livres montre qu’il a écrit de nombreuses petites histoires faisant partie du fantastique enfantin : Histoires à la courte paille, Histoire au téléphone, Le rêve de l’escalier

Je me rappelle ce gamin qui questionnait sans cesse tous les adultes, au point de les énerver, sur l’endroit où allait un chemin d’une forêt impénétrable partant de son village. Ils affirmaient qu’il ne conduisait forcément nulle part. Insatisfait de cette réponse, Martin Têtedure (Il portait bien son nom !) entreprit de vérifier, car il pensait qu’il existait une destination qu’il finit par trouver et dont il revint, preuves rutilantes à l’appui. Les villageois tentèrent alors de l’imiter, sans succès toutefois ! Ils n’y croyaient pas, tout simplement… De quoi philosopher, à partir d’une toute petite histoire de rien du tout.

Et si vous ne connaissez pas Questions sans réponse, voici l’histoire :

« Il était une fois un enfant qui posait des tas de questions. Il n’avait pas tort : c’est très bien de poser des questions. Le seul ennui, c’est qu’il n’était pas facile de répondre aux questions de cet enfant.
Par exemple, il demandait : “Pourquoi les tiroirs ont-ils des tables ?” Les gens le regardaient, puis, à tout hasard, répondaient : “les tiroirs servent à ranger les couverts. ”
"Je sais à quoi servent les tiroirs, mais ce que je voudrais savoir, c’est pourquoi les tiroirs ont des tables.”
Les gens hochaient la tête et n’insistaient pas.
Une autre fois, il demandait : “Pourquoi les queues ont-elles des poissons ?” Ou bien : “Pourquoi les moustaches ont-elles des chats ?” Les gens hochaient la tête et s’en allaient à leurs affaires.
L’enfant grandit, mais ne cessa pas pour autant de poser des questions. Devenu adulte, il continuait à harceler tous les gens qu’il rencontrait. Ne recevant jamais de réponse, il se retira dans une maisonnette au sommet d’une montagne. Là-haut, loin du monde, il pensait, pensait jour et nuit des questions, les notait sur un cahier, puis cherchait, cherchait nuit et jour les réponses, et n’en trouvait aucune.
Par exemple, il notait : “Pourquoi l’ombre a-t-elle un pin ?… Pourquoi les nuages ont-ils un ciel ?… Pourquoi les ailes ont-elles des oiseaux ?”
À force de noter toutes ces questions, il finissait pas avoir mal à la tête, mais ne s’en souciait guère. La barbe lui poussa, longue, longue, mais au lieu de la couper, il se demandait : “pourquoi la barbe a-t-elle un visage ?”
Bref, c’était un phénomène. Quand il mourut, un savant fit des recherches et découvrit que, dès sa plus tendre enfance, il avait pris l’habitude de mettre ses chaussettes à l’envers et n’était jamais parvenu une seule fois à les enfiler du bon côté : c’est pourquoi il n’avait jamais pu apprendre à poser les questions à l’endroit.

Au fond, bien des gens sont dans le même cas.

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