L inconnu du mois05-mai-1.jpg2021

Par Édith PROT

Prot edith 3
 


Paul HUTIN

Lorsque la Princesse de Galles vint visiter la France en 1948, la foule se rua pour acclamer la future reine Elisabeth d’Angleterre. Étonnante inconséquence de ce peuple qui avait décapité un roi et refusait toujours de laisser pénétrer ses descendants sur son sol. Eh oui ! Parce qu’en cette année 1948, le décret de bannissement était encore bel et bien d’actualité et il fallut attendre 1950 pour qu’un député du Morbihan le fasse abroger. Normal, allez-vous me dire, les bretons ont toujours eu la fibre royaliste. Seulement, voilà… Ce député était un… Meusien.

Paul Hutin naît à Bovée-sur-Baboure en 1888. Son père est artisan fromager et accessoirement maire de ce village. Paul, pourtant troisième enfant d’une fratrie de 13, est envoyé chez les jésuites puis suit des études supérieures à Paris. Bien qu’ayant été réformé, il s’engage dans l’armée en 1914 et rejoint le régiment d’Emile Driant dans lequel il combat courageusement, recevant plusieurs médailles pour sa bravoure.

Après la guerre, il s’associe avec son frère Jules pour créer des fromageries dans la Marne. Mais cette branche ne l’intéresse pas vraiment et il laisse l’affaire à son frère pour fonder un journal à Bar-le-Duc, l’Echo de l’Est, en s’associant avec un autre de ses frères, Henri, qui, lui, est fromager à Lacroix-sur-Meuse.

En 1926, il épouse Magdeleine Desgrées du Loû, fille du fondateur d’un journal de Rennes, l’Ouest-Eclair. Bien que géographiquement opposés, ces deux journaux ont bien des points communs. Ils sont de droite et très ancrés dans le catholicisme. Cela plait fort au beau-père qui lui offre le poste de secrétaire général de son journal. Il y fait merveille dans la communication, organise le réseau des dépositaires et gère le tour cycliste mis en place par ce quotidien. Cela n’empêche pas la famille de son épouse (les Desgrées du Loû sont les descendants d’un écuyer de Du Guesclin) de le toiser avec mépris.

Parallèlement, il tente une carrière politique en Meuse, espérant gagner la circonscription de Verdun grâce au soutien de l’Union Catholique et des Jeunesses patriotes. Il est battu par Gaston Thiébaut, mais poursuit son engagement à droite en soutenant les Croix-de-Feu, puis le Parti social français, viscéralement anti-communiste. Il n’est pas pour autant proche des théories fascistes puisque dès 1938, il dénonce les accords de Munich et « l’impérialisme allemand » dont il a pu se faire une idée au cours d’un voyage en Allemagne. En 1940, il demande, avec  le soutien de son épouse et de sa belle-mère, que l’Ouest-Eclair cesse de paraître tant que le pays sera occupé. Malheureusement, le comité de rédaction s’y oppose et accepte de soutenir le régime de Vichy. Il quitte donc le journal, obtenant toutefois que le nom de son beau-père, fervent patriote récemment décédé, soit retiré de la Une, et tente en vain de rejoindre l’Angleterre. Il se retire alors à Erquy, dans les Côtes d’Armor où il sera arrêté en 1943 pour « propagande gaulliste ». Libéré un mois plus tard, il entre dans la clandestinité jusqu’à la Libération. Au début du mois d’août 1944, l’Ouest Eclair, jugé « collabo », est interdit et ses dirigeants emprisonnés. Paul réintègre les locaux et crée un nouveau journal avec le soutien du MRP ( Mouvement républicain populaire) et de personnalités comme Maurice Schumann, sans oublier son frère Henri, un ancien résistant. Ce petit journal va devenir grand puisqu’il s’agit d’Ouest-France, et Paul en signera les éditoriaux du nom de Hutin-Desgrées en hommage à son beau-père. Renouant avec la politique, il est élu député MRP en 1946 pour le Morbihan et le restera jusqu’en 1956. Après l’abrogation de la loi exilant la famille royale, il se fera à nouveau remarquer en plaidant pour l’inhumation du maréchal Pétain à Douaumont. Bien qu’il ait décidé de ne plus se représenter après 1956 car il ne supporte plus le régime des partis, il n’hésite pas à proclamer ses idées haut et fort dans ses éditoriaux, soutenant le général de Gaulle en 1958 et militant activement contre l’OAS.

En 1965, il quitte la direction d’Ouest-France pour prendre sa retraite, laissant les rênes à son fils François-Régis et décède en 1975 à Rheu, en Bretagne.

Le journal appartient toujours à la famille Hutin, branche désormais bretonne de la famille des fromagers meusiens qui ont fondé l’usine de Dieue-sur-Meuse.

Retour menu pp du mois3Bas pp mensuel d

Ajouter un commentaire