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Par Édith PROT

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Élisabeth de Miribel

Il en est des grands événements comme des films de cinéma. Il y a le héros. C’est le premier rôle, celui que tout le monde encense et dont la postérité retiendra le nom. Mais il y a aussi les autres, les seconds rôles et ceux qui ont œuvré dans l’ombre, des humbles machinistes aux maquilleuses. Au mieux on connaît leur visage, au pire leur nom figure au générique… mais qui se donne la peine de le lire jusqu’au bout ? L’événement dont je vais parler est connu de tous. L’appel du 18 juin. Dans le rôle du héros : Charles de Gaulle. Mais… les autres ? Vous séchez ?? Et pourtant, le jour où le général a lu sa déclaration, même si ceux qui l’avaient rallié n’étaient pas légion, il n’était pas seul. Pour être tout à fait précis, le 18 juin, ils n’étaient que… deux à ses côtés. Dont une Meusienne.

Élisabeth de Miribel naît en 1915 à Commercy. Elle est issue d’une lignée militaire prestigieuse puisque Grouchy et Mac Mahon font partie de ses aïeux. Elle fait de brillantes études universitaires et obtient un poste à Londres en 1939 dans la mission française dirigée par Paul Morand. Au début du mois de juin 1940, un de ses amis, Geoffroy de Courcel, lui téléphone. Il est l’officier d’ordonnance d’un général dont Élisabeth a déjà entendu parler, car il est un des rares à avoir remporté des victoires pendant la campagne de France. Élisabeth n’hésite pas et accepte de rencontrer Charles de Gaulle le jour même. Il est venu à Londres pour parler avec Churchill et cherche des soutiens parmi les Français installés à Londres. Il sait que la bataille de France est perdue et il est persuadé que ni le général Weygand, ni le maréchal Pétain ne continueront le combat. Il expose à la jeune femme son projet d’organiser la résistance à partir de Londres et des colonies françaises. Élisabeth est convaincue et se met à établir une liste de français susceptibles de les rejoindre, mais les événements se précipitent. Le 17 juin, alors qu’elle rend visite à des blessés français revenus de Dunkerque, elle entend le discours du maréchal Pétain annonçant sa demande d’armistice. Révoltée, elle rentre à la mission française où elle est contactée par Courcel. De Gaulle a décidé de contre-attaquer et ils ont besoin d’elle. Elle les rejoint le lendemain et les deux hommes lui demandent de taper le discours que le général compte lire le soir même à la BBC. Le texte qu’il lui remet est un manuscrit pas facile à déchiffrer. De plus, il est abondamment raturé. Mais Elisabeth se met au travail. Elle devra recommencer à plusieurs reprises, car Charles de Gaulle retravaille son texte et modifie certains passages. Lorsqu’il est enfin satisfait, il se rend à la BBC avec Courcel et ils déposent Élisabeth chez elle en chemin. Elle n’a pas de radio dans son appartement et n’entendra pas cet appel. Le lendemain, elle quitte définitivement la mission française dont la plupart des membres ont choisi de rentrer en France, et devient la secrétaire du général de Gaulle. Ils installent les bureaux des FFL (Forces de la France Libre) dans un immeuble délabré. Le mobilier est sommaire : une table de cuisine, deux chaises et une grande carte de France. Le général se les approprie et ses collaborateurs doivent s’installer sur des caisses retournées en attendant de se procurer des meubles dignes de ce nom.  Très vite, ils reçoivent une avalanche de courrier, mais les volontaires ne se bousculent pas. Sur les 800 civils français en poste à Londres, seuls 3 viennent les rejoindre. Heureusement, les quelques militaires qui ont échappé à l’enfer de Dunkerque se placent sous ses ordres, mais le gros des troupes viendra plus tard, après s’être évadé de France. En 1942, ils constituent une force digne de ce nom et, constatant que son secrétariat compte désormais suffisamment de personnel, Charles de Gaulle peut confier à Élisabeth un rôle plus à sa mesure. Il l’envoie en temps qu’ambassadrice de la France libre au Québec afin d’y collecter des fonds. Elle organise des conférences, participe à des émissions de radio et parvient à rallier l’opinion publique et le gouvernement canadien au mouvement de la France libre. Elle revient auprès du général de Gaulle à Alger à la fin de l’année 1943 et obtient un poste de correspondante de guerre sur le front italien auprès du général Monsabert. Elle y rencontre, en mai 1944, le général Leclerc et demande à être affectée à la 2e DB. Leclerc, n’ayant que peu de sympathie pour les femmes et pour les journalistes, commence par refuser, puis cède devant sa ténacité. Elle couvrira son action lors de la libération de Paris.

Après la guerre, elle est intégrée au Quai d’Orsay comme diplomate. Mais elle ne s’y épanouit pas et elle donne sa démission pour entrer au Carmel. Cette parenthèse religieuse dure cinq ans, puis elle retourne au Quai d’Orsay. Elle est nommée au Maroc, puis au Chili, en Autriche, et termine sa carrière comme consul Général de France à Florence.

Une telle carrière est loin d’être banale pour une femme de cette époque, et Élisabeth de Miribel fut sans doute une pionnière méconnue de la diplomatie française. Elle s’est éteinte en 2005, à Paris, et laisse quelques ouvrages de qualité, dont une autobiographie « La liberté souffre violence ». Bien qu’Officier de la Légion d’honneur et de l’Ordre national du Mérite, sans oublier qu’elle est titulaire de la Médaille de la Résistance, elle ne fait pas partie des icônes de la Seconde Guerre mondiale et l’Histoire l’oublie. Enfin, pas tout à fait…

Miribel

En 2020, lors de la création d’un timbre célébrant le 80e anniversaire de l’appel du 18 juin, un éminent philatéliste, Jean-Pierre Mangin, obtient qu’il rende hommage à Élisabeth de Miribel. Dans le même élan, la ville de Commercy fait poser une plaque commémorative au manoir de Gaucourt où elle naquit en 1915. Mais le plus bel hommage fut sans doute pour elle ces quelques mots tracés sur une photographie du général de Gaulle en guise de dédicace. « À Mademoiselle Élisabeth de Miribel, un de mes tout premiers, un de mes meilleurs compagnons. Respectueusement, fidèlement. Charles de Gaulle »

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