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Par Daniel DUBOURG
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Devoir de mémoire

Chaque année, à dates régulières, le calendrier nous invite à des commémorations essentiellement liées à des faits de guerre, au cours desquelles nous honorons hommes et femmes ayant servi la patrie et l'ayant payé de leur vie. Ces commémorations anniversaires sont là pour entretenir la mémoire et le souvenir de ces actes, afin de ne jamais oublier. Il s’agit donc bien d’un hommage rendu à celles et ceux qui se sont battus et sacrifiés pour assurer la liberté. Ces manifestations concernent les gens de tous âges.

Si l’on peut « approcher » et apprendre à connaître des événements assez récents encore présents dans notre mémoire par des témoignages sonores, écrits, et visuels, quels souvenirs avons-nous d’événements bien plus anciens pour lesquels nous n’avons que peu ou pas de documents, de témoignages autres que des traces portées dans les livres d’histoire ? Le temps qui passe éloigne, altère et édulcore ; souvent, la mémoire s’érode et mène à l’oubli lorsque le souvenir est trop douloureux.

Ainsi, avoir connaissance de moments d’histoire très éloignés ne nous permet guère d’en éprouver d’autres émotions que celles portées par une gravure ou un écrit eux-mêmes anciens rendant un témoignage transformé par les mots, même si ces derniers tentent au mieux de restituer des éléments d’un climat et d’actes bien spécifiques.

Dans plusieurs décennies, quelle sera encore la portée mémorielle et affective des commémorations, sachant que le facteur temps a une tendance naturelle à l’effacement des souvenirs et que les mots peuvent très bien voir leur résonance, leur portée s’atténuer.

Donc, s’il n’est pas possible de conserver une mémoire fidèle et un ressenti intact, comment faire en sorte que les événements continuent à garder une valeur d’enseignement, dans la mesure où les expériences ne sont pas échangeables et les événements ne servent pas de leçons ?

S’il faut conserver la mémoire d’événements dans le but de ne plus répéter les erreurs du passé ayant conduit à des situations conflictuelles, sources de détresse et de misère, tant matérielles que morales, force est de constater que, pour autant, cela ne fait pas réfléchir tout le monde puisque des conflits guerriers prolifèrent et s’étendent, se perpétuent, défiant toute sagesse et tout désir de paix.

La solution est-elle ailleurs ? La cellule familiale, les milieux scolaires et socio-éducatifs, les lieux d’échange, de rencontre, les lieux de culture constituent sans doute des espaces où donner la parole, informer, interroger et former l’esprit critique. La libération de cette parole devient le facteur déterminant de la réflexion évitant de créer une société d’individus formatés. Ainsi, par nos actes et nos pensées, les conflits armés et toutes les autres formes de conflits peuvent cesser.

Mais cela ne suffit peut-être pas. En effet, tout modèle de société sécrétant ses propres perversions et insuffisances, il est nécessaire d’être en éveil afin que l’éthique définissant et garantissant l’humain ne soit ni transgressée ni dépouillée de son essence. Dans le même temps, il faut aussi que nous nous donnions le moyen d’identifier les raisons motivant les conflits. On s’aperçoit pour l’instant que ceux que l’on honore de s’être sacrifiés pour la mère patrie, entre autres, sont bien étrangers aux raisons ayant présidé aux décisions d’état, celles-ci ayant été fondées sur des critères fort éloignés des gens engagés qui ont dû payer un lourd tribut, les conséquences dramatiques se faisant ressentir de façon collatérale, durablement et en tous domaines.

Aujourd’hui, cette réflexion peut être conduite pour d’autres cadres que celui des conflits armés. En observant les dégâts dus à l’activité humaine sur notre planète, nul doute qu’il y a urgence à redéfinir une éthique et des comportements susceptibles d’aider à la réalisation individuelle et collective des humains que nous sommes et de ceux à venir. Devant un bilan loin d’être satisfaisant et résultant d’erreurs d’exploitation, de l’exploitation humaine ou de la cupidité, force est de reconnaître que là encore, le devoir de mémoire n’a pas fonctionné.

La lucidité est nécessaire, tout comme l’espoir. La réunion des deux alliés à une certaine humilité n’est pas à négliger.

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