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Par Édith PROT

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Albert Antoine Cimochowski

Que fait un fonctionnaire lorsqu’il s’ennuie dans son bureau ? De nos jours, il a la possibilité de jouer sur son ordinateur ou d’envoyer des SMS à ses amis, mais à la fin du 19e siècle, il n’avait pas tous ces outils technologiques. Alors ? Faire des cocottes en papier ou écrire restaient les seules possibilités qui lui étaient offertes. Notre fonctionnaire opta pour la seconde. Il pratiqua l’écriture sous toutes ses formes, sur tous les supports et dans différents styles. Certes il ne fut jamais considéré autrement que comme un écrivain de second plan, mais il sut se faire apprécier et parfois redouter dans les milieux littéraires en raison de son esprit vif et de son ironie mordante. Un Meusien plein d’esprit… quasiment un pléonasme !

Albert Antoine Cimochowski nait à Bar-le-Duc en 1845. Son père est un officier polonais qui a fui la répression russe après l’insurrection de 1830 et sa mère est la fille d’un chirurgien militaire en retraite. Albert entre à 18 ans dans l’administration des Postes et Télégraphes, d’abord à Reims, puis à Paris. Il fait son travail consciencieusement, mais sans passion. Ceci explique que parallèlement, il rédige des articles sur ses lectures qu’il envoie à différents journaux.

 

Albert cim

Plusieurs acceptent sa collaboration dans les rubriques bibliographie et critique littéraire, comme le « Radical » et le « National », proches de la gauche, mais aussi pour « La gaudriole », nettement plus léger. Ses analyses pointues attirent également l’attention des rédacteurs de Littré qui lui demandent de participer à la rédaction de leur dictionnaire.

Albert ne se contente pas de critiquer les autres. Il publie une cinquantaine de romans, la plupart pour la jeunesse, pour lesquels il est distingué cinq fois par l’Académie Française, notamment pour « Les quatre fils Hémon » et « La revanche d’Absalon ».

Ces succès littéraires lui valent en 1896 la place de bibliothécaire au sous-secrétariat des Postes, place qu’il occupera jusqu’à sa retraite, accumulant ainsi des anecdotes dont il se servira pour écrire en 1910 « Bureaux & Bureaucrates » une chronique grinçante et savoureuse de ce qu’étaient les services postaux sous la IIIe République, émaillée de portraits pleins de truculence de ses anciens collègues et de leurs étranges manies.

Mais le livre qui me vient aussitôt à l’esprit lorsque j’entends le nom d’Albert Cim, c’est « Récréations littéraires », publié en 1920. Précurseur des futures séries « Les  perles de… » et autres bêtisiers qui nous font tant rire au moment des fêtes de fin d’année, Albert Cim y a compilé les nombreuses bévues qu’il a relevées au cours de ses lectures. Même les grands auteurs y figurent, ce qui prouve que nul n’est à l’abri d’une faute d’inattention. Je vous laisse apprécier quelques uns de ces bijoux déterrés par Albert Cim : « Ah ! dit Don Manuel en portugais » (Alexandre Dumas)… « Oui, oui, nous partons, dit Pierre, qui se détourna, cherchant son chapeau pour s’essuyer les yeux. » (Émile Zola)… « Bientôt les navires se trouvèrent à plusieurs miles de ces deux cadavres, dont l’un était plein de vie » (Gustave Ajmard)… « L’amour a vaincu Loth ! » (Simon Pellegrin)

Maison cim
Bref, cet auteur réjouissant et bouillonnant d’esprit n’a jamais eu la reconnaissance qu’ont connue les grands auteurs de son époque, mais il valait bien que l’on se rappelle de lui comme d’un auteur de qualité.
Sa ville natale a rendu hommage à cet infatigable homme de plume, mort en 1924, en donnant son nom à une rue et en plaçant une plaque sur la maison où il était né. Oh, une dernière chose ! Albert Cim n’avait rien à voir avec la musique. Vous semblez étonné de cette précision ? Imaginez vous que beaucoup de barisiens sont persuadés qu’Albert Cim était musicien parce qu'on a baptisé l’école de musique de Bar-le-Duc de l'acronyme CIM (Conservatoire Intercommunal de Musique). 
 

 

Cela a créé chez certains une confusion qui aurait, j’en suis certaine, réjoui au plus haut point cet amateur de lapsus.

 

Prot

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