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Par Jean-Luc QUÉMARD

Quemard jean luc 5

 

 


Les lavandières

Agenouillées dans un inconfortable caisson,
S’épongeant d’un revers de main le front.
S’échinant, leurs noueuses mains brossant
Les oripeaux maculés de leurs enfants
Et ceux de leurs serviles pères vieillissants
Défraichis par les ingrats labeurs des champs.

Courbées vers cette margelle de pierre élimée
Par ces inlassables saisons qui passent, ces années
Qui ont marqué ces braves femmes, résignées.
Se déhanchant au gré des lessivages,
Prodiguant parfois des paroles peu sages
À l’égard des odieuses âmes du village.

Cette eau limpide, parfois glacée, peu avenante,
Dont l’onde est importunée, tantôt souillée.
De l’écume prisonnière en ces bacs empierrés,
Édifiés ainsi pour mieux martyriser
Ces lavandières dociles, parfois riantes
Au noble cœur généreux, si plaisantes
Dont la beauté est encore séduisante,
Raillant sur les despotes madones dupées.

La résonance de ce vieil édifice
Renvoyant l’écho des mots édictés
Entre ces vieux murs, témoins des sacrifices
Dévolus à ces pauvres Dames harassées
Par la souffrance subie à tant de blessures
De leurs corps exhibés, tel un supplice.
Criant leur mépris tantôt mystifié
Aux anges ou aux démons sacrifiés.

Leurs miséreux bras nerveux, décharnés
Par les rituels et incessants battages
Des draps aux effluves de l’amour,
Complices des ébats désormais éteints,
Perdant de leur superbe de jour en jour
Ne pouvant être ressuscités, en vain
À la faveur du fragrant savon de Marseille,
Dont la ténue senteur est pure merveille.

 
Quemard

 

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