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Par Édith PROT

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René Dufaure de Montmirail

Tous ceux à qui on demande de citer ce qui caractérise la ville de Marseille citent la bouillabaisse, le vieux port, Notre Dame de la Garde et l’Olympique de Marseille. Allez, l’O.M. ! Quoi de plus marseillais, en effet, que ce club mythique, et qui de plus marseillais que ses supporters ? Et pourtant, le parvis situé devant le Stade Vélodrome ne rend pas hommage à un Marseillais, mais… à un Meusien !

René Dufaure de Montmirail nait en 1876 à Verdun. Sa mère n’est pas mariée, et c’est son père, officier de Dragons, qui, après l’avoir officiellement reconnu, va prendre en charge l’enfant. Quelques mois après la naissance, Charles part donc seul avec son fils à Alger où il a été muté et y épouse une autre femme. L’enfant grandit en Kabylie, une région dont son père dirige le district militaire. Il profite des facilités que lui offre le régiment pour apprendre l’équitation et l’escrime tout en faisant ses études au Collège de Blida. Il poursuit sa scolarité au Lycée d’Alger où il découvre l’athlétisme. Bref, à dix-huit ans, c’est un bachelier particulièrement sportif qui débarque à Marseille après avoir été écarté, à cause de sa mauvaise vue, d’une carrière militaire toute tracée. Il obtient un poste dans la société Julien, une société de courtage, pour laquelle il est amené à faire un séjour en Angleterre. Là, il est frappé par le nombre de clubs sportifs et de pratiquants réguliers de tous les âges. De retour en France, il décide de promouvoir le sport dans la région en créant un club omnisports qui prend le nom de Football Club de Marseille, en s’appuyant sur un club de football déjà existant, le Junior Club, qui regroupait des lycéens. Attention ! À cette époque, on appelle football le rugby à XV ! Viennent s’y adjoindre des sections athlétisme, pelote basque et autres sports à la mode. René se fait rapidement connaître du milieu sportif en organisant des compétitions régionales dans des spécialités aussi variées que le cricket, les sports nautiques et l’athlétisme. Mais c’est surtout grâce au rugby que le FCM connaît ses heures de gloire. René est membre de l’équipe et rencontre à l’occasion d’un match Madeleine Dubois, une jeune femme au caractère bien trempé. Il cherche depuis un moment une devise pour le club et n’a pas l’intention de choisir « Que trépasse si je faiblis » comme on aurait pu s’y attendre de la part d’un Montmirail. Madeleine lui suggère alors d’adopter pour le club sa devise personnelle : « Droit au but ». René est à la fois séduit par la devise et par la jeune femme avec laquelle il va se fiancer. À 23 ans il décide avec quelques amis de la bourgeoisie marseillaise, de fusionner le FCM avec le club d’escrime de la ville, afin de créer un nouveau club qui prend cette fois le nom d’Olympique de Marseille. Ils installent les bureaux dans le local du cercle d’escrime, rue Suffren, et s’y réunissent chaque jeudi, les séances se terminant généralement par des compétitions amicales entre les administrateurs, à l’épée, autour d’un billard ou même au tir au pistolet. Pour créer l’emblème du nouveau club, René  utilise le graphisme de son cachet personnel qui comporte ses initiales DM entremêlées. Il lui suffit de remplacer le D par un O et le tour est joué !

Cachet 1 Cachet 2 Cachet 3
Cachet de Dufaure
de Montmirail
Emblème de l'OM
créé en 1899
Emblème du club
aujourd'hui


Le club adopte de nouvelles couleurs (bleu et blanc) mais conserve son ancienne devise, « Droit au but ». De nombreuses sections sont alors ajoutées à celles déjà existantes, dont une de « ballon rond » qui ne compte à ses débuts que 9 licenciés. René épouse Madeleine Dubois en 1901. En 1902, il quitte la présidence de l’OM et confie les rênes au vice-président, Arnold Bideleux. Il a en effet de nouvelles ambitions, professionnelles cette fois, et désire créer un cabinet de courtage en assurance maritime. Le cabinet « Assurances Montmirail » connait un réel succès puisqu’il existe encore aujourd’hui. René n’abandonne pas pour autant le sport et pratique à titre personnel l’escrime et l’aviron tout en continuant à faire partie de l’équipe de rugby de l’Olympique de Marseille qui évolue au stade de l’Huveaune et sera championne du littoral de 1899 à 1907. Le football tel qu’on le connait aujourd’hui fait, lui, des débuts laborieux sur un autre stade, au parc Borely.

La vie s’écoule donc paisiblement pour René et Madeleine qui sont parents pour la sixième fois lorsque, en  1914, René est mobilisé. Il rentre à Marseille en 1917 pour y mourir, à l’âge de 41 ans et il est inhumé au cimetière St Pierre.

Un siècle plus tard, les Marseillais reconnaissants décident de baptiser l’ancien parvis Jean Bouin du stade Vélodrome « Parvis René Dufaure de Montmirail ». L’inauguration a lieu à l’issue d’un match contre les Lyonnais. Une voile immense à l'effigie de René Dufaure de Montmirail, coiffé de son célèbre haut-de-forme, y est déployée. Pas mal, pour un Meusien, peuchère !

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