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Par Brigitte MONCEY

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L'ENVOL DU MOINEAU
de Amy Belding Brown

 
Moineau

Brown

Amy Belding Brown est poétesse, nouvelliste et romancière. Diplômée du Bates College à Lewiston, Maine, elle est titulaire d'un MFA du Vermont College de l'Université de Norwich à Montpelier, Vermont. L'Envol du moineau est son premier roman publié en France. Mariée et mère de quatre enfants, elle vit avec son mari à Thetford, dans le Vermont.

Dans la veine de Jim Fergus, le superbe portrait d'une femme blanche découvrant la liberté au milieu des Indiens. Inspiré de faits réel, un récit poignant, vibrant, grandiose

Résumé

Colonie de la baie du Massachusetts, 1672. Mary Rowlandson vit dans une communauté de puritains venus d’Angleterre. Bonne mère, bonne épouse, elle souffre néanmoins de la rigidité morale étouffante qui règne parmi les siens. Si elle essaie d’accomplir tous ses devoirs, elle se sent de plus en plus comme un oiseau en cage. Celle-ci va être ouverte de façon violente lorsque des Amérindiens Nipmuc attaquent la bourgade de Lancaster. Violences extrêmes. Les maisons sont incendiées, hommes, femmes et enfants tués, éviscérés, scalpés. Mary Rowlandson, épouse d’un pasteur congrégationaliste est épargnée mais capturée, emmenée sans ménagements vers les territoires où se sont repliées diverses tribus algonquiennes en révolte, fédérées par le chef Metacom, alias Philip. La « guerre du roi Philip » bat son plein. Elle dévastera plus de la moitié des implantations anglaises de la région et, proportion­nellement au nombre d’habitants, fera plus de morts dans les deux camps qu’aucun autre ­conflit de l’histoire américaine.

Mary va vivre trois mois ­d’indianisation forcée. Elle est confiée à Weetamoo, maîtresse femme et chef de guerre, qui la traite durement, tout en la pro­tégeant. Mary souffre de la faim, du froid, du travail forcé, des ­déplacements continuels, des lourds portages. Elle doit partager le quotidien souvent terrible de cette tribu en fuite, traquée par l’armée. Contre toute attente, c’est au milieu de ces « sauvages » qu’elle va trouver une liberté qu’elle n’aurait jamais imaginée. Les mœurs qu’elle y découvre, que ce soit le rôle des femmes, l’éducation des enfants, la communion avec la nature, lui font remettre en question tous ses repères. Et, pour la première fois, elle va enfin pouvoir se demander qui elle est et ce qu’elle veut vraiment. Elle observe de près la société de ses ravisseurs, où son sort s’améliore peu à peu, puis finit par être relâchée contre une rançon de 20 livres.

Cette renaissance pourra-t-elle s’accoutumer d’un retour « à la normale », dans une société blanche dont l’hypocrisie lui est désormais insupportable ?
Cette magnifique épopée romanesque, inspirée de la véritable histoire de Mary Rowlandson, est à la fois un portrait de femme bouleversant et un vibrant hommage à une culture bouillonnante de vie, que la « civilisation » s’est efforcée d’anéantir.


« Dès la première page, Amy Belding Brown propulse le lecteur directement au cœur sombre de l’Amérique puritaine du XVIIe siècle et ne le lâche plus jusqu’à la fin. Ce livre, basé sur un travail de recherche monumental, est une chronique passionnante des premiers antagonismes entre le monde des Indiens et celui des Blancs. Inspiré d’une histoire vraie, c’est un superbe roman à la fois violent, tragique, courageux et édifiant. Notre cœur bat au rythme de celui de l’héroïne, cette femme extraordinaire qui, en dépit de tout, non seulement survit, mais triomphe de son destin. » Jim Fergus

Mon ressenti

J’ai eu un peu de mal à entrer dans l’histoire. Les premiers chapitres décrivent de façon très (trop ?) méticuleuse la vie des premiers colons, leur quotidien mais également leur morale religieuse qui guide constamment leurs actes. Les sermons du pasteur critiquant sans cesse le comportement de son épouse dévouée, malléable à souhait et de ses enfants m’ont « énervée » à bien des reprises. Quelques scènes (l’attaque par les Indiens, la capture des rescapés qui vont devenir leurs « esclaves ») sont très violentes.

Je n’ai plus lâché le livre à partir du moment où Mary vit chez les Indiens, comme eux, où elle comprend que ce n’est pas qu’un peuple sanguinaire, qu’elle accepte leur mode de vie, leur liberté, lorsqu’elle commence enfin à douter du bien fondé de la religion prêchée sans arrêt par son mari, l’entravant essentiellement dans des fonctions domestiques.

Un livre passionnant sur la culture indienne. Apprendre, s'instruire, s'émouvoir, frémir, rougir, pleurer, trembler, s'exaspérer ; toutes ces sensations dans un même roman historique tumultueux, c’est fabuleux.

Extraits

« Par une chaude matinée de juillet 1672, Mary s’accorde une pause sur le chemin de la grange pour regarder le soleil orange brûler au-dessus du temple. Un sombre pressentiment lui noue l’estomac lorsqu’elle voit le disque flamboyer tels les feux de l’enfer à travers la brume humide. En y repensant plus tard, elle comprendra qu’il s’agissait des premiers signes du mécontentement du Seigneur. Elle n’a jamais été douée pour interpréter les présages. C’est là le don et le devoir de son mari, Joseph, et des autres pasteurs de la colonie de la baie du Massachusetts. Mary voit le monde simplement, comme une œuvre pratique et intelligible créée par Dieu pour le bien-être de Son peuple. Tandis qu’elle soulève ses poules anxieuses pour ramasser trois œufs dérisoires qu’elle glisse dans sa poche, elle ne pense plus qu’à la chaleur suffocante qui s’abattra dès midi. Ce n’est que lorsque, sortant de la grange, elle entend d’inquiétants bruits de pas sur le chemin que le duvet roux parsemant sa nuque se hérisse, car il lui semble que le diable en personne arrive à sa rencontre… »

« La peau entre les omoplates de Mary est soudain parsemée de picotements, comme si une multitude de petites plumes s’y enfonçaient. Comment connaît-il ses intentions ? Elle forme une boule avec la pâte, la recouvre d’un tissu et s’essuie les mains sur son tablier, fixant son attention sur ses doigts, sur l’étoffe rêche raclant la peau pour enlever les morceaux de pâte, jusqu’à ce qu’elle regagne le contrôle d’elle-même. Finalement, elle se tourne et le regarde » 

« N’y a-t-il donc en ce lieu aucune place pour la charité chrétienne ? demande-t-elle d’une voix basse et posée afin de ne pas menacer son autorité. La gentillesse n’est-elle pas un des fruits de l’esprit, après tout ? »

Le regard de son mari se durcit et sa mâchoire se raidit ; elle comprend qu’elle est allée trop loin. « Une femme n’a pas à décider de telles choses, déclare-t-il. Tu as une opinion bien trop élevée de toi-même. Ta fierté causera ta perte… »

« Elle est frappée par l'étrangeté de sa situation. Bien qu'elle soit captive, elle jouit d'une incroyable liberté de mouvement. Elle se souvient de l'époque où, à Lancaster, elle rêvait de franchir la porte de sa maison et traverser le champ toute seule. Rêvait de la liberté de se promener où et quand elle le souhaitait, affranchie des regards méprisants de ses voisins et des paroles réprobatrices de ses sœurs. Pourtant, elle s'était rarement aventurée seule au-delà de la cour, hormis lors de ses quelques visites secrètes à Bess Parker. Bien qu'aucune chaîne ni entrave ne la retînt prisonnière, elle avait tout d'une captive… »

Critiques

« Voici un ouvrage historique inspiré de faits réels, une lecture passionnante sans aucun temps mort, pas seulement un roman d'aventures mais le portrait romanesque, parfaitement documenté d'une époque, d'une femme et de son combat... en ces temps lointains. »

« Une pionnière en avance sur son temps. Se mettre dans la peau d'une jeune femme pionnière puritaine du 17ème siècle, vivre avec les Indiens en pleine guerre des clans au Massachussetts, c'est un cadeau qui ne se refuse pas. »

« J’ai aimé la description du mode de vie des Amérindiens et les comparaisons intéressantes avec la culture des colons anglais. La violence inhérente à chaque culture n’est pas occultée et l’auteure se garde d’idéaliser la civilisation amérindienne, même si son personnage principal est fasciné par certains aspects de cette culture, notamment en ce qui concerne le statut des femmes et des enfants. »

« J’ai aimé le style de l’auteure. Dès le premier chapitre, le lecteur est immédiatement propulsé dans l’action à travers une scène d’accouchement un peu particulière. Les épisodes clés du récit sont par ailleurs riches en suspense et en émotions, sans toutefois virer à l’excès. »

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