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Dubourg daniel 6

par Daniel DUBOURG

 

La mère veilleuse

 

— Quel statut avez-vous ? fit le guide amusé
    À l’homme uniformé portant képisacoche.
— Aucune, mais des lieux, de nuit je suis gardien.
— Comment vous nommez-vous ? chuinta le cicerone.
— Ange! C’est beau, c’est leste et ça fait très nocturne...
— Mais pourquoi prenez-vous un air si taciturne ?
— Cela me nuit, m’ennuie de travailler la nuit,
    
reprit le surveillant. Mais revenons à nous.
    
Vous, n’êtes-vous point parti, le service accompli…
— J’attends mon ange élu à l’heure des complies.
— Votre ange ? Étrange idée! Et son nom, s’il vous plaît ?
— Gardien, pour vous servir.
    Ça fait conservateur et surprend bien du monde,
    mais il faut bien un nom pour montrer la Joconde !
— Au fait donc, j’y reviens... Ange, c’est votre nom ?
— Mais non, c’est mon prénom !
— Étrange appellation ! J’aurais pensé Michele.
— Michele ! Pourquoi Michele ?
— Michel-Ange, bien sûr! Et vous seriez cas rare !
— Ah, mon ami, quel ange !
    Mais lui était ailleurs et peintre, au demeurant.
    Il peignait des plafonds, décoiffait des statues...
    On a dit qu’il peignit la Chapelle Sixtine
    Pour échapper longtemps à sa chère Titine !
— Non, plutôt Agrippine, qui l’avait pris en grippe…
    Mais quel est votre nom, mon cher Ange gardien ?
— Vin comme celui de Loire !
— Ange Vin, c’est donc ça ? Ah ! je commence à voir...
    
Et de quelle cité ?
— D’Angers, évidemment, ville de tous...
— Voilà bien la raison que vous me parlez d’anges !
    
Je vous laisse à vos anges, aux rêves d’ange heureux !
— Hmm ! fit le surveillant. Je garderai silence.
    
Je serai une carpe et retiendrai l’alarme.
— Attendez, je vous prie, que je passe le porche
    Pour braquer vers l’huis le rai de votre torche.
    
Et je vous saurai gré, angélique veilleur,
    
D’avoir été discret, de la mettre... en veilleuse.

Et si l’un a tout dit, dans ce succinct dialogue,
De sa noble origine et de sa parenté,
Apprenez qu’il était fils d’une mère veilleuse...

Voilà qui justifie le titre du poème
Et étale au grand jour le passé tout banal
D’une femme sans fard ayant vécu dans l’ombre.

Dubourg

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