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Par Daniel DUBOURG

Dubourg daniel 6

LE PROPHÈTE
de Khalil Gibran
 
Prophete couverture

L’ouvrage n’est guère épais. Vous pouvez le parcourir en une soirée, mais il n’est pas certain que vous soyez satisfaits de votre lecture, car il ne se lit pas comme un roman dans lequel s’enchaînent actions et péripéties. Ce n’est pas un roman. Les propos ont un tour poétique, mais ce n’est pas un recueil de poèmes. Rien ici ne peut être survolé, car conceptions et sentiments sont exprimés avec profondeur, sous forme de paraboles ou d’images. Les mots sont choisis et leur enchaînement nécessite que l’on s’arrête souvent parce qu’ils appellent une réflexion quasi constante. « Le prophète » parle d’une foule de sujets en des chapitres très courts. Il y a l’amour, le mariage, le don, le travail, le boire et le manger, la liberté, les lois, le bien et le mal…
Il n’est nullement question de philosophie théorique ou de présentation d’une quelconque idéologie.

Le style d’écriture même peut rebuter, voire décourager, car le ton est affirmatif. Mais il ne faut pas s’arrêter à cette apparence.

« Parlez-nous des Enfants. Et il (le prophète) dit : vos enfants ne sont pas vos enfants ».

Avouez qu’une telle affirmation peut choquer d’emblée ! Donc on cesse de lire ou on poursuit afin de comprendre.

« Ils viennent à travers vous, mais non de vous. Et bien qu’ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas. Vous pouvez leur donner votre amour, mais non vos pensées, car ils ont leurs propres pensées »

« Vous êtes les arcs par qui vos enfants, comme des flèches vivantes, sont projetées ».

Impossible de traverser ce livre à la hâte, de prendre ces propos à la légère, que l’on partage ou non l’avis de l’auteur. L’ouvrage paru en 1923 n’est donc pas une nouveauté. Mais un best-seller sans doute, dans son genre. Après sept moutures étalées sur bon nombre d’années (la première ayant été rédigée quand l’auteur, Khalil Gibran avait 15 ans), le livre sort lorsque ce dernier est âgé de 40 ans. Il mourra huit ans plus tard et aura marqué son époque en étant l’un des pionniers du réveil des lettres arabes à la fin du XIXe siècle. Dans les années 1900, il écrira « Les esprits rebelles », qui sera brûlé sur la place publique de Beyrouth, par les autorités turques, et aussi condamné comme hérétique par l’évêque maronite.

Les circonstances actuelles sont pour certains l’occasion de faire le point, de s’arrêter quelques instants pour réfléchir au cours de leur vie, envisager peut-être de profondes modifications. « Le prophète » arrive à point nommé, sans avoir pris la moindre ride.

« L’amour ne donne que de lui-même et ne prend que de lui-même. L’amour ne possède pas, et ne veut pas être possédé ; car l’amour suffit à l’amour ».

Bonne lecture !

 

Dubourg

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