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Par Édith PROT

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François Laux

Dans un hôpital belge, un journaliste se présente pour interviewer un prisonnier français. Nous sommes en 1940, la Belgique croit encore pouvoir rester neutre, et cet aviateur français se demande comment faire parvenir un renseignement vital à sa base, puisqu’il est hors de question qu’un militaire français lui rende visite. Peut-être grâce à ce journaliste ? Lorsqu’il voit entrer le pseudo reporter, le blessé ne peut retenir un sourire… il a en effet reconnu un membre de son escadrille habillé en civil. Malgré la douleur, il réussit à lui parler et son visiteur repart faire son rapport, qui, même s’il ne changera pas le cours de l’histoire,  sauvera la vie de plus d’un aviateur… Mais qui est donc ce pilote pour qui on a monté ce scénario digne d’un film d’espionnage ? Un Meusien…

François Laux nait en 1900 à Longeville-en-barrois. Ce fils de maçon ne rêve que de voler. Il entre en 1920 au 1er régiment d’aviation, qui donnera naissance à l’Armée de l’Air, comme simple soldat, mais gravit rapidement les échelons. Il  est breveté pilote au bout de deux ans et, à ce titre, il réalise en 1926 un tour de France sans escale sur un Bréguet 14 avant d’aller s’initier au vol sans visibilité. En 1927, il devient chef d’une section de reconnaissance photo et intègre en 1936 la 33e escadre de reconnaissance, basée à Orconte, entre Vitry-le-François et Saint-Dizier. En 1939, son escadrille effectue de nombreux raids de reconnaissance en territoire ennemi, principalement au-dessus du Rhin. Jusqu’au printemps 1940, le seul risque réel de ces missions est de ramener des photos floues et inexploitables, les avions Bloch qui équipent les escadrilles volant à une altitude qui les met hors de portée des avions ennemis. François Laux, qui est alors capitaine, assure le commandement de l’escadrille « La Hache ». 

Les événements se précipitent en avril 1940. Plusieurs avions envoyés dans le secteur de Coblence ont été abattus sans qu’on puisse trouver d’explication valable. Erreurs de pilotage ou problèmes de météo, les principaux pilotes de l’escadrille n’y croient pas. Le 16 avril, c’est François Laux qui part aux commandes de son Bloch 174 avec un observateur et un mitrailleur pour sa 51e mission depuis le début de la guerre. Lorsque ses camarades apprennent que son appareil s’est écrasé en Belgique, ils sont certains qu’il y a une explication, autrement plus inquiétante que celles avancées jusque-là. Mais comment entrer en contact avec le blessé ? L’un des pilotes de l’escadrille, un certain Antoine de  Saint-Exupéry se souvient alors qu’il a toujours sa carte de correspondant de presse à Paris-Soir. Il l’utilise donc pour se rendre au chevet de François. Celui-ci lui confirme ce qu’ils redoutaient tous : lorsque son appareil a été attaqué par les chasseurs allemands, ceux-ci sont venus du dessus, preuve que les Messerschmitt allemands sont désormais capables de voler à la même altitude, voire plus haut que les Bloch français. Son observateur a aperçu trop tard les trois chasseurs qui les ont mitraillés, le tuant net ainsi que le mitrailleur. Laux n’a dû sa survie qu’à son réflexe de plonger dans les nuages, espérant échapper à la chasse ennemie grâce à sa maîtrise du vol sans visibilité. Mais l’avion a pris feu et il a dû atterrir avant d’avoir atteint la France.

De retour à sa base, Saint-Exupéry fait passer le message afin que les pilotes soient sur leurs gardes lorsqu’ils auront à se frotter à la chasse ennemie, ce qui ne manquera pas d’être utile quelques semaines plus tard, lorsque les Allemands déclencheront l’offensive. À peine ses brûlures cicatrisées, François rejoint son escadre qui s’est repliée en Afrique du Nord, mais  beaucoup de ses compagnons manquent à l’appel et l’escadrille « La Hache » est dissoute. Lorsqu’elle est reconstituée en 1942 pour combattre au côté des alliés, François Laux la rejoint en Tunisie. L’escadrille participe à la campagne d’Italie sur des appareils à bout de souffle, puis, début 1944, elle est rattachée au 3e groupe de reconnaissance photo américain commandé par le colonel Elliot Roosevelt, le fils du président. Dans ses bagages, celui-ci apporte des avions neufs et un pilote qui a œuvré pendant des mois aux États-Unis pour obtenir ce résultat : Saint-Exupéry. Ce dernier tombe dans les bras de François Laux qu’il n’a pas revu depuis l’épisode belge. Mais, contrairement à Saint-Exupéry, bien décidé à reprendre l’air, François Laux, qui souffre toujours des séquelles de ses brûlures et vient d’atteindre la limite d’âge du personnel navigant, quitte l’escadrille pour une affectation à l’aéroport d’Alger qu’il abandonnera en 1945 pour rentrer en France. Muté à Bordeaux avec le grade de lieutenant-colonel, il devient, en 1947, sous-chef d’État-major de la 3e région aérienne. Il prend sa retraite en 1957 avec le grade de colonel et le titre de  Commandeur de la Légion d'honneur. Il revient s’installer à Longeville-en-barrois où il se marie en 1960 avec Angèle Morand et décède en 1970.

Ceux qui se souviennent de lui racontent que souvent, il évoquait en riant l’anecdote de la visite de Saint-Exupéry en Belgique et pour les plus intimes, il sortait de son portefeuille un petit feuillet bleu, un chèque que lui avait laissé l’écrivain en le quittant, histoire de lui permettre d’améliorer son ordinaire à l’hôpital. Il ne l’avait jamais encaissé… Pensez ! Un chèque signé Antoine de Saint-Exupéry !

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