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Par Ellie et Patrick LAGNEAU

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HECTOR ET LES ŒUFS DE GRENOUILLE

Grenouille 2

Un jour, Hector sort de chez lui et rencontre Jeannot, un de ses camarades qui tient quelque chose dans ses mains.

— Qu’est-ce que tu caches là, Jeannot ?
— Ah, viens voir et regarde !

Jeannot ouvre ses mains et Hector voit des petites boules noires dans une sorte de pâte gluante et transparente.

— Ben, qu’est-ce que c’est que ça ? demande Hector.
— Ça, ce sont des œufs de grenouille ! répond Jeannot tout fier.
— Ah bon ? s’exclame Hector stupéfait. Et où as-tu trouvé ça ?
— Ben, dans la mare aux grenouilles… Elle est là-bas, dans le parc à vaches.
— OK, merci ! Je vais y aller…
— Mais fais attention, hein ! On peut entrer à pied dans la mare, mais dans le fond, il y a de la vase…
— C’est quoi ça, la vase ?
— C’est comme de la boue, mais c’est au fond de l’eau… J’ai failli y perdre une de mes chaussures. Essaye d’y aller pieds nus, c’est plus prudent !
— OK, d’accord ! Merci Jeannot.

Hector se dirige vers le parc à vaches, passe sous les barbelés sans se raccrocher et approche de la mare sans faire de bruit. Parvenu sur le bord, il aperçoit… une grenouille sur une grosse feuille plate qui flotte à la surface de l’eau : un nénuphar.
Il s’approche tout doucement. Mais la grenouille l’a vu. Apeurée, elle plonge dans l’eau de la mare et disparaît. Alors il entre dans l’eau, avec ses baskets, et approche du nénuphar. Peut-être verra-t-il les œufs que la grenouille a oubliés…
Effectivement, en se rapprochant, il voit les œufs de grenouille.
Ah non, zut ! C’est de la terre… Alors qu’il cherche tout autour de lui, sans bouger, où peuvent se trouver les œufs, il entend un petit… ploc !... Il regarde d’où vient ce bruit… Oh, surprise ! La grenouille est remontée sur le nénuphar… Chouette ! Elle va peut-être me dire où ils sont cachés…

— Dis donc, la grenouille, tu peux me dire où sont tes œufs, tes œufs de… grenouille ?

La grenouille, pas du tout effarouchée, répond simplement :

— Coa
— Heu… je te demandais si tu savais où sont tes œufs de grenouille…

Et la grenouille, imperturbable, en le regardant droit dans les yeux :

— Coa
— Oh, mais tu le fais exprès, ou quoi… Je te dis : où sont tes œufs de grenouille ?

La grenouille, sans faire le moindre mouvement, l’observe de ses gros yeux globuleux.

— Coa
— Hou, mais elle m’énerve celle-là ! Arrête de me dire « quoi » ! Où sont tes œufs ? Où sont tes œufs?
— Coa

Complètement énervé, Hector pousse un énorme cri de colère. Effrayée, la grenouille plonge et disparaît à nouveau dans l’eau.
Hector comprend qu’il n’en tirera rien, et de rage fait demi-tour. C’est en regagnant la berge qu’il s’aperçoit qu’il lui manque une basket.

— Zut de zut de zut ! Jeannot m’avait prévenu, mais je n’y ai plus pensé. Je l’ai perdue dans la vase…

Il regarde la mare. Sûr, il n’y a pas beaucoup d’eau. Mais elle est toute trouble. On n’y voit rien du tout.

— Tout ça à cause de cette grenouille qui ne comprend rien à ce qu’on lui demande ! Elle m’énerve cette grenouille.

Il décide de retourner à la maison.
Une basket en moins.
Et sans les œufs de grenouille.

— Bon sang ! Mais qu’est-ce que je vais dire à Maman ? Comment lui expliquer que je n’ai plus qu’une seule basket ?... Oh, je sais. En rentrant dans le garage, je cacherai celle qu’il me reste sous le meuble à chaussures, comme ça demain, quand on cherchera les baskets avec maman, on n’en trouvera aucune.

Le lendemain matin, Hector déjeune, puis il se prépare pour aller à l’école. Pendant ce temps-là, au garage, sa maman qui, comme tous les jours nettoie ou cire les chaussures de toute la famille, se rend compte qu’il manque une basket. En cherchant bien, elle en trouve une… sous l’armoire. Hector rejoint maman à ce moment-là.

— Dis-moi, Hector, où est la deuxième basket ? Je n’en ai trouvé qu’une…
— Ah, je ne sais pas, Maman !
— Comment, tu ne sais pas ? Pourquoi as-tu mis celle-ci en dessous ? Et pourquoi est-elle pleine de vase ?

Là, Hector sait qu’il est foutu. Il est cuit. Autant lui dire la vérité. Il lui donne l’explication, tout penaud, en espérant que maman comprendrait.

— Ben, hier, j’ai voulu aller chercher des œufs de grenouille dans la mare du parc à vaches, comme Jeannot. Et puis je suis entré dans l’eau avec mes baskets et il y en a une qui est restée collée dans la vase. Je ne pouvais pas la récupérer. Tu comprends, je voulais des œufs de grenouille, mais elle ne comprend rien cette grenouille.

— Comment ça, elle ne comprend rien ?
— Ben oui ! Chaque fois que je lui ai demandé où étaient ses œufs, elle me disait « quoi? »… Elle est vraiment trop nulle.

Maman éclate de rire.

— Mais non, Hector ! Elle ne te disait pas « quoi ». Elle faisait « coa », parce que c’est le cri de la grenouille. On dit que la grenouille coasse. Et toi, tu as confondu son coassement avec le mot « quoi? ».
— Ah… d’accord… c’est pour ça…
— Bon, en tout cas, tu n’as peut-être pas eu tes œufs de grenouille, mais tu as perdu une basket. Eh bien, écoute, je prendrai des sous dans ta tirelire sur ton argent de poche, et nous irons acheter une nouvelle paire de baskets. Voilà. Tu as tout gagné.
— D’accord, maman. Mais promis… je ne recommencerai plus.

Tant pis pour les œufs de grenouille ! Hector a tenu sa promesse. Il n’est plus jamais retourné à la mare.

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Cette histoire est tirée d'un album pour enfants intitulé "Les histoires d'Hector... à lire aux enfants le soir, juste avant qu'ils s'endorment".
Les illustrations sont d'Ellie et les textes de Patrick Lagneau.
Pour découvrir l'album intégral, passez la commande au Père Noël...

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