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Par Édith PROT

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Gallois, De Rosières, Pierquin, Macquard, Hallot,
 De Chartongne et De Saint Fief.

Voici un groupe de personnages qui ont eu la malchance d’arriver en fin de carrière au mauvais moment. Certes, ils n’ont pas été les seuls, ni même les premiers dans l’histoire de l’humanité… Mais à une époque où les séniors se plaignent des conditions de travail qui les poussent sans ménagement vers des voies de garage déprimantes, que dire de ces soldats de l’Armée Royale qui ont connu sur leurs vieux jours les bouleversements de la Révolution française ? Ces sept personnages, tous nés Lorrains, ont connu, étant enfants, le rattachement de leur duché à la France, période particulièrement mal vécue par une population décimée par la Guerre de Trente Ans puis malmenée par une administration française plus attachée à piller la région qu’à la mettre en valeur. Malgré leur ressentiment, une fois adultes, ils choisissent de faire carrière dans l’armée de leur nouveau pays. Lorsqu’on proclame la république, en 1792, Gallois (62ans) est colonel dans l’artillerie, De Rosières (68 ans) est maréchal de camp, tout comme Hallot (63 ans). Les plus jeunes, comme Pierquin (51 ans), De Chartongne (49 ans), et De Fief (39 ans) viennent d’être décorés de l’ordre de St Louis et attendent de passer capitaines, tandis que Macquart (53 ans) vient enfin de passer officier. Tous vont devenir généraux lorsque la France sera attaquée par les coalisés.

Le général Paul Louis Antoine De Rosières, né à Verdun, commande la 2ème brigade de l’avant-garde française à Valmy, puis quitte l’armée et décède deux ans plus tard à 71 ans.

Le général Antoine Gallois, né à Verdun, est chargé de réorganiser la citadelle de sa ville natale après le départ des Prussiens. Il s’y installe avec ses artilleurs et ses sapeurs puis disparaît mystérieusement en 1794.

Jean-Baptiste Hallot, qui était lieutenant général dans l’Armée du Centre, se fait arrêter dès la proclamation de la République car on le soupçonne de sympathie avec les émigrés. Libéré l’année suivante, il est réintégré avec le grade de général dans l’armée du Rhin avant d’être mis à la retraite en 1794. Il décède 5 ans plus tard.

Le général Nicolas Pierquin, né à Avillers, fait toutes les campagnes dans l’armée des Ardennes avec son bataillon de grenadiers avant d’être arrêté comme suspect en 1793, puis il est réintégré en 1794 dans l’armée du Nord. Blessé au genou à la bataille de Tourcoing, il décède des suites de sa blessure quinze jours plus tard, à 53 ans.

François Macquard, né à Haumont-les-Lachaussée, devient colonel du bataillon des volontaires de l’Hérault puis général dans l’armée d’Italie. Il surprend l’ennemi à plusieurs reprises en chargeant torse nu à la tête de ses troupes. La vue de cet homme particulièrement velu et jurant comme un païen les tétanise à tel point qu’il ne sera jamais blessé sérieusement ! Il sert sous les ordres de Masséna, puis de Bonaparte au pont d’Arcole. Il prend sa retraite en 1797 et décède 4 ans plus tard, à 63 ans.

Claude Louis de Chartongne, né à Aubréville, intègre lui aussi l’armée d’Italie jusqu’en 1794, mais, en raison de son patronyme fleurant bon l’aristocratie, il est écarté de son commandement puis mis à la retraite en 1795. Il rentre à Verdun où il décède en 1819.

Charles Barthélemy de Saint Fief, né à Salmagne, intègre l’armée du Nord, puis on l’affecte à la surveillance des côtes, à La Rochelle. Lui aussi est inquiété à cause de son nom : il est arrêté en 1793 avant d’être libéré en 1794 puis rendu à la vie civile. En 1796, il refuse le commandement de l’armée de Sambre et Meuse, et se retire en Charente où il devient maire de Pleuville jusqu’en 1829. Il décède à Poitiers en 1841.

Aucun de ces généraux issus des troupes royales de l’Ancien Régime ne servira dans l’armée impériale et ne connaîtra la gloire promise aux soldats de l’Empire. Pas de portrait en grand uniforme, pas de statue en bronze au milieu d’une place et pas de rue portant leur nom. Même le Fort d’Englos, baptisé Fort Pierquin en 1886 pour rendre hommage à ce général de la révolution, fut débaptisé l’année suivante. Ils méritaient bien qu’on leur rende un jour ce petit hommage.

Prot

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