Ecrits d hiverJuillet aout 22020 1

L'inclassable de

Beyer serge 4

Serge BEYER

 

Gliese 783

Texte écrit lors d’une lointaine Nuit des étoiles, oubliée…  Mieux vaut partager un bout d’soleil plutôt que contempler seul Altaïr devenue trop lumineuse dans la noirceur  intense du vide.

Un ongle brisé, tombé tel un marque-temps, raye ma page ouverte sur l’abîme.
Lunule ridicule d’un astre racorni ponctuant les mots posés comme des brisures, sans cohérence, sans aucune envie de palpiter, laissés là telles des fibrillations cosmiques issues de pouponnières d’étoiles devenues stériles.
Clignement de cil figé dans son khôl pour n’avoir pu courber le moindre fragment d’espace.
Trace d’une ultime caresse qui aurait accepté de mourir pour mieux se perdre dans la griffure extrême d’un fabuleux orgasme.
Parenthèse ouverte sur l’écho du frisson originel de notre lumineuse galaxie désormais vide de particules de rêves, de vibrations, de parfums, de Toi, de notre Etoile  binaire.
Les distances s'y mesuraient en année-regard, la vitesse en nombre de battements de coeur par baiser.
Tout mot, même chuchoté, autre que ceux nés d’une sensuelle pulsation complice ne pouvait traverser ce ciel sans être englouti dans le vaste trou noir où meurent les géantes rouges, les vieux soleils, où s’effondrent les étreintes glacées, naissent les cauchemars et les peurs…
  —   Je veux toujours rester ta petite Étoile. Attends-moi !
Où donc se sont perdus les cristaux étincelants de cette comète que tu avais lancée à travers nos nuits et dont ma peau garde la vitale brûlure.
Qui d’autre que toi saurait les semer à nouveau entre Orion et Persée ?
Les cordes magiques de nos violons cosmiques sont-elles à jamais brisées ? Ne frissonneront-elles plus que pour servir une hypothétique « théorie du tout » ou pendre ce bouffon, ce saltimbanque qui riait à la lune dont le reflet éclaboussait ton regard.
Au moment de nous rejoindre à toujours, le trou de ver s’est refermé sur mon corps distordu pour ne laisser au-dessus de nos voyages engloutis qu’une amère et douloureuse écume blanche.
Un ongle comme un brin d’énergie.
Une virgule oubliée, une trace entre des mots cicatrices tachés d’encre.
Vertige …
Un ongle brisé que ma main n’ose balayer d’un revers ou d’un souffle que je suspends pour mieux mesurer à quel point te respirer était, reste une absolue nécessité pour oser Vivre.

 

Beyer 7

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