Le coin historien6 1Juillet aout 22020 1

Par Pierre LEFÈVRE

pierre-lefevre.jpg

Histoire de la société ESSILOR
depuis la fin de la Seconde guerre mondiale

Les débuts

En pleine époque de socialisme généreux (inspiré par Saint-Simon, Proud'hon et Fourier) mais parfois utopique, "l'Association Fraternelle des Ouvriers Lunetiers" est fondée à Paris le 19 mars 1849 par 4 artisans. C'était une coopérative dont 13 associés signent les statuts le 6 août 1849.
Cette association permet aux ouvriers lunetiers de vendre directement leur ouvrage aux marchands, sans passer par un fabricant qui distribuait l’ouvrage (et prenait une commission).
En 1852, la Deuxième République est terminée et un an après le coup d'État de Napoléon III, l'association devient la "Société industrielle et commerciale des ouvriers lunetiers".
Elle garde cependant une partie de sa spécificité originelle :
De nouvelles dispositions voient le jour en 1856, par exemple en faveur des sociétaires qui auraient vieilli dans la société, à qui leurs forces et facultés ne permettraient plus de gagner leur vie. Ils acceptent aussi les femmes dans leur société et s’intéressent à l’éducation et la scolarisation des enfants !
Le capital était détenu par des cadres ou assimilés suivant un système original : les meilleurs ouvriers pouvaient devenir adhérents (contremaîtres ou aujourd’hui on dirait agents de maîtrise) puis ils pouvaient accéder au titre de novices (chefs d’atelier) et un petit nombre devenait sociétaires (c’est-à-dire cadres). Tous, ils devaient laisser une partie de leur salaire sur un compte en actions. Ce système a duré jusqu’en 1972, lorsque la société est entrée en bourse mais les salariés pouvaient encore investir une partie de leur salaire en actions. Celles-ci ayant beaucoup augmenté, des salariés réalisèrent de confortables plus-values ; quelques-uns, qui ne pensaient pas à surveiller leurs comptes, ont même eu la mauvaise surprise d’être assujettis à l’impôt sur les grandes fortunes !

Le développement

Après 1870, la société prend de l'extension ; elle acquiert bientôt six usines : Songeons, Morez et, en Meuse : Saint-Mihiel (montures), Cousances-aux-Bois (verres), Ligny Battants, Ligny Compasserie et Moulin (compas et instruments de dessin) ; l'ensemble occupait 1490 personnes, dont 907 ouvriers en Meuse).

C’est donc en Meuse que la société acheta des usines, par exemple :

    1. Les Battants à Ligny où on produisait des Koylos, verres rectangulaires découpés dans des éclats de verre à vitre et surfacés optiquement d'un seul côté pour obtenir un plan concave ou convexe. Cette usine était appelée les Battants car à cet endroit se trouvait début du XIXe siècle un bocard, sorte de machine actionnée par un moulin à eau, qui débarrassait le minerai de fer de sa gangue en le battant par des pilons ; ils frappaient une épaisse plaque de fonte sur laquelle tombait le minerai placé sous un courant d'eau.
    2. 
La Compasserie et le Moulin à Ligny : M. Coyen-Carmouche, originaire de Tronville-en-Barrois, créa deux usines à Ligny ; en 1851, il fonda une fabrique de compas, la Compasserie rachetée par la Société des Lunetiers à partir de 1869. Il installa aussi une fabrique de lunettes au Moulin, près de la Tour Valéran, qui fut rachetée également par la Société des Lunetiers en 1876. Ces deux unités fusionnèrent. C’est Coyen-Carmouche qui fit construire le château de la Compasserie qui a accueilli longtemps les bureaux de cette usine.
    3. Il y eut encore Cousances-aux-Bois et Saint-Mihiel. Ces usines n’existent plus.

L'entreprise raccourcit ensuite son nom en Société des Lunetiers dont le sigle S.L. devint par euphonie Essel. En 1964, c'était l'enseigne commerciale. En 1972, elle fusionna avec le groupe Silor pour former Essilor devenu Essilor International qui est aujourd’hui le numéro un mondial de l’optique ophtalmique. Mais à Ligny, les effectifs ont fondu : seulement 350 emplois aujourd’hui sur les 2 sites (900 et 400 emplois dans les années 70 et 80).

Pendant toutes ces années où l’emploi était à son maximum (plus de 900 ouvriers et ouvrières), l’ambiance était particulière : les ouvriers étaient souvent recrutés de père en fils, ils commençaient comme apprentis puis certains gravissaient tous les échelons. Les directeurs et les cadres étaient originaires de Ligny ou du Jura. L’usine avait une âme.

(Toutes les photos peuvent être agrandies d'un simple clic)

1 societe lunetiers 2 battants 1967
Papier à lettres de la Société des Lunetiers L'usine des Battants en 1967
3 compasserie mc 16 08 2016 4 tour usine moulin mc
L’ancienne Compasserie, peu avant sa démolition (photo Marie-Christine Peuziat) L’ancienne usine du Moulin, devenue Compasserie
(Près de la tour Valéran)

 

Lefevre

Ajouter un commentaire