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Par Monique VILLAUME

 

Chaque mois, Monique vous propose le parcours et les ramifications de trois mots français courants.

Tabac. Nom masculin. Tabaco, mot caraïbe puis tabaco, espagnol, a été francisé en tabac en 1599. La plante s’est longtemps appelée herbe à Nicot, du nom d’un ambassadeur de François II qui voulut l’introduire à la cour de France. Elle fut d’abord appelée nicotiane, puis on  réserva la référence à Nicot au principe actif de la plante, la nicotine. Par métonymie, tabac désigna aussi bien la plante que le produit tiré de ses feuilles séchées préparées pour priser, chiquer ou fumer (1629).
Par une autre métonymie, après avoir été en concurrence avec bureau de tabac, le mot fut utilisé pour nommer le débit de vente  du tabac. Il tient un tabac sur la place.
La locution familière c’est du même tabac, se réfère à la couleur marron clair de la plante séchée, tout comme couleur tabac ou des tissus tabac.
L’évolution de ce mot est surprenante, comme le curieux passage à tabac. Cette expression viendrait de la lignée de tabasser, frapper, donner des coups. Cette série  est venue croiser le mot tabac, qui commençait de la même façon, avec l’idée de coups sur le nez. Faire un tabac ferait référence au bruit des applaudissements lors d’un spectacle, de même qu’un coup de tabac, en terme maritime  désigne un gros temps, avec vent et coups de tonnerre !

Tâter. Verbe transitif. Toucher. Dans l’étymologie de tâter, on trouve ensemble tastare et gustare, au sens de goûter, ou essayer, avec la main ou le palais. L’ancien sens de goûter a laissé des traces dans le domaine vinicole, comme dans taste-vin (tâte-vin). Pour ce qui est de toucher, les expressions métaphoriques sont multiplies : tâter le pouls de quelqu’un, c’est essayer de connaître ses intentions, de même que tâter le terrain, attesté par madame de Sévigné. Se tâter, au sens moderne, c’est hésiter dans son choix, faute peut-être d’avoir suffisamment tâté le terrain. On retrouve la proximité entre toucher et tâter dans le langage  familier, il touche, pour parler de quelqu’un qui s’y connaît, dit autrefois : il y tâte ! 
Noter que la locution adverbiale à tâtons (a tastons, 1175), est restée très vivante, avancer à l’aveugle, en touchant les murs, et que tâtonner c’est avancer sans bien voir le but. 
Enfin, l’adjectif tatillon vient aussi de là, toucher avec méticulosité, voire mesquinerie.

Teigne. Nom féminin. Venu du latin tinae, sans étymologie établie, et désignant toutes sortes de vers ou parasites. Le mot a finalement ciblé un insecte puis, à la fin du XII ème siècle, il désigna une maladie du cuir chevelu difficile à éradiquer, donnant l’expression cela tient comme une teigne. Cette affection est nommée aujourd’hui dermatose parasitaire. Avec de meilleures connaissances en médecine, cette référence a disparu et on a gardé le sens de personne méchante, applicable, avec son féminin, aussi bien aux hommes qu’aux femmes, à l’instar d’autres maladies, comme la peste ou la gale.
Méchant comme une teigne, chanté par Jacques Brel dans Chez ces gens-là, est encore courant. Un teigneux, était un malade atteint de la teigne. Le mot désigne quelqu’un d’hargneux. Enfin dirigeons-nous vers la tignasse, de même étymologie. D’abord chevelure du teigneuxla tignasse a désigné ensuite une vilaine perruque, évoquant la coiffe enduite pour soigner les teigneux, pour prendre aujourd’hui son sens de chevelure mal coupée, ébouriffée.

Les insolites des Étymots en un clin d’œil.

Savez-vous que…

Tam- tam vient d’une onomatopée créole ? Son sens courant est celui de tambour africain.

Un tapuscrit est un texte tapé à la machine, jouant le même rôle qu’un manuscrit ?

Tape à l’œil peut être un nom ou un adjectif ? Il dénonce ce qui attire trop l’attention.

Un tarin est un oiseau ? Et que l’étymologie ne saisit pas bien son rapport avec le nez ?

Villaume

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