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Par Dominique LACORDE

Lacorde dominique
 

 

À partir d'une gravure de Montfaucon

(Toutes les photos peuvent être agrandies d'un simple clic)

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C’est en travaillant, en 2019, avec l’école de Montfaucon d’Argonne sur la reconstruction du village après la Grande Guerre que je suis tombé, dans une revue, sur une gravure aux traits fins et bien visibles représentant « Montfaucon, petite ville sur la frontière ». La signature était facile à lire « C. Chastillon et J. Griot ». Ma première interrogation a été : mais de quel Montfaucon s’agit-il car en France on ne compte pas moins de neuf Montfaucon. À première vue, je ne retrouvais pas dans cette esquisse le Montfaucon d’Argonne que je connais bien avec sa magnifique collégiale plantée en haut de sa butte, collégiale dédiée à Saint Germain qui existait bien avant qu'on la détruise en 1914 et qu’on bâtisse à sa place un monument américain visible aussi de très loin. Mais je possède de nombreuses photos d’avant 1914 la représentant et je ne la retrouvais pas du tout dans cette gravure.

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En effet l’histoire de Montfaucon, le mien, celui d’Argonne, commence avec Saint Baldéric venu s’installer sur cette butte, guidé par un faucon en 597, d’où Mont Faucon, avec une première abbaye construite en 630 par Baldéric. Des disciples le rejoignent et ils forment rapidement une communauté qui va défricher les environs et, sous Charlemagne, régner sur ce qu’on a appelé le Septiminium, nom donné aux sept villages sur lesquels ces moines devenus chanoines séculiers vont régner jusqu’à la Révolution : Cuisy, Drillancourt, Epinonville, Gercourt, Gesnes, Ivoiry et Septsarges. Cette collégiale sera détruite à de nombreuses reprises : plusieurs fois par les Vikings au 9e siècle, puis lors de l’invasion hongroise en 913, puis lors de la guerre de Trente ans et enfin détruite radicalement et définitivement en 1914. Mais là n’est pas mon propos, revenons à nos moutons et au dessin de C. Chastillon.

Le personnage lui-même :

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Claude Chastillon est un architecte, un ingénieur et un topographe au service du roi de France Henri IV. Né en 1559 ou 1560 à Châlons-en-Champagne, il meurt le 27 avril 1616 dans cette même ville. Il y est inhumé avec son épouse dans l'église Notre-Dame-en-Vaux. Il devient topographe du roi en 1592. Trois ans plus tard, il reçoit le titre d'ingénieur royal. Après avoir parcouru la France et d'autres pays limitrophes, il dessine de très nombreux lieux visités, constituant par là un témoignage unique de l'état de ces endroits à la fin du XVIe siècle et début du XVIIe. Son œuvre considérable est constituée de gravures dont 534 sont rassemblées dans une édition posthume parue en 1641 intitulée « Topographie française ». Des « villes, bourgs, châteaux, maisons de plaisance, remises et vestiges de l'antiquité du royaume de France » y sont représentées, auxquels sont ajoutées des scènes de batailles livrées par Henri IV et quelques villes étrangères. Une deuxième édition de cet ouvrage est tirée en 1648, puis une troisième en 1655.

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À partir de 1605, il travaille comme architecte aux côtés de Jacques II Androuet du Cerceau pour la conception de la place Royale, actuelle place des Vosges à Paris. Cette commande, émanant du roi Henri IV, voit ses travaux se terminer en 1612. La place est alors inaugurée à l'occasion des fiançailles de Louis XIII et d'Anne d'Autriche. Ayant reçu du roi une parcelle sur la place, Claude Chastillon y fait construire son propre hôtel au N° 10.

La liste des lieux topographiés et dessinés par Chastillon est impressionnante et en particulier toutes les villes situés sur les frontières de l’Est. J’ai même trouvé une carte avec les lieux qu’il a représentés et notre Montfaucon d’Argonne (Meuse) y figure bien. Montfaucon est alors effectivement une ville frontière entre la France et le Saint Empire. Outre Montfaucon, en Meuse, Chastillon a fait des gravures de Verdun, Etain, Chaumont, Stenay, Villefranche, Clermont, Nettancourt, Dompierre. Si quelqu’un possède une de ces gravures, je suis preneur d’un scan. La gravure de Montfaucon est bien signée C. Chastillon, et Griot est le nom du graveur. On ignore la date de sa création, sans doute autour de l’an 1600. Chastillon n’habitait pas loin, à Châlons, et Montfaucon, à l’époque, dépendait pour le temporel de Châlons.

On distingue bien sur l’esquisse la collégiale Saint Germain dans toute sa splendeur, grandiose au milieu de la gravure qui nous donne une idée juste de ce qu’elle était alors. En 1914, elle ne ressemble plus du tout à cette esquisse. C’est donc un témoignage exceptionnel.

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La ville est alors entourée de remparts qu’on distingue bien et possède un château ; le premier château a été construit par Godefroy de Bouillon en 1083. Détruit, il aurait été reconstruit en 1530 sur les ruines de l’ancien château par François 1er. Il sera habité par Husson de Montfaucon. En 1636, il sera définitivement détruit lors des guerres de religion. Les bombardements de 14-18 ont effacé toutes les traces. Il ne reste que des remparts en terre. Des fouilles n’ont rien donné. Sur la gravure de Chastillon, on distingue également une seconde église, l’église Saint Laurent qui servait d’église paroissiale, la collégiale étant réservée aux chanoines qui vivaient alors dans une clôture, un cloître, quartier fermé par des grilles.

Cette gravure exceptionnelle nous donne une idée de la ville de Montfaucon à cette époque ; elle comptait alors plus de 1300 habitants. Malheureusement je n’ai pas retrouvé les légendes des petites lettres qui figurent sur la gravure ; on y voit un moulin et plusieurs villages qui pourraient être Ivoiry, Septsarges, Epinonville. Ce qui m’a trompé au départ sur cette gravure c’est que Montfaucon d’Argonne est en creux alors que cette ville était située sur une butte défrichée à l’époque. Mais c’était l’époque des gravures pas toujours réalistes et qui servaient au roi pour sa stratégie militaire. En tout cas voilà un témoignage exceptionnel et un cartographe à découvrir !

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Sources :

1/ « Gesnes-en-Argonne Histoire et Mémoire ». Dominique Lacorde. 2005.
2/ Jean-Pierre Ravaux : « Claude Chastillon et sa topographie française ». Catalogue d'une exposition tenue au musée municipal de Châlons-en-Champagne en 1998.
3/ Gallica et Wikipedia.

Lacorde

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