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Par Édith PROT

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Étienne RADET

Le forcené s’est barricadé chez lui entouré de ses proches. Les gendarmes, qui ont reçu l’ordre de s’emparer de lui, ne font pas dans la demi-mesure : obéissant aux ordres de leur chef, ils enfoncent toutes les portes, une à une, sans un regard pour les dégâts causés sur leur passage. Une fois arrivés à la pièce où se sont réfugiés les occupants du lieu, ils ne rencontrent aucune résistance et le plus gradé de la troupe peut signifier son arrestation au prévenu. Encore une action réussie par le GIGN, allez-vous me dire ? À ce détail près que l’événement a lieu en 1809, et que notre gendarme s’incline respectueusement devant son prisonnier avant de lui proposer son bras pour l’aider à marcher jusqu’au carrosse qui attend dans la rue. Ce n’est certes pas conforme à la procédure, mais ce n’est pas tous les jours qu’un gendarme français arrête un pape au beau milieu du Quirinal de Rome !

Que reproche-t-on à Pie VII, souverain pontife dont le nom, involontairement cocasse, fait encore ricaner des générations de potaches français ? Il vient d’excommunier Napoléon 1er avec qui il avait eu trop souvent maille à partir au cours des années précédentes. Cette décision n’ayant pas plu à l’Empereur, celui-ci a ordonné qu’on place le prélat en détention et a chargé de la partie la plus délicate de l’opération son général de gendarmerie, Étienne Radet, un meusien.

Étienne nait en 1762 à Stenay. Il s’engage comme simple soldat à 18 ans dans le régiment de la Sarre et ne quittera plus l’uniforme. Devenu rapidement sergent il quitte son régiment pour s’engager dans la maréchaussée où il obtient le grade de brigadier puis, en 1789 il intègre la garde nationale comme sous-lieutenant. En 1790, il est nommé capitaine de la garde nationale de Varennes. Un tel parcours aurait dû le conduire à embrasser la cause des révolutionnaires et pourtant, lors de la fuite du roi, on murmure qu’il a tenté de faciliter le départ du monarque vers Montmédy. Aussitôt, cette attitude est dénoncée publiquement mais dans l’immédiat, au lieu d’être inquiété, il obtient du galon, devient major puis adjudant-général. Il est ensuite envoyé avec sa légion sur Verdun pour contrer l’avancée prussienne et il devient l’aide de camp du général Dillon. C’est seulement à ce moment que le tribunal révolutionnaire de Saint-Mihiel se décide enfin à s’émouvoir de l’affaire de Varennes et fait comparaître Radet pour « intelligence avec les ennemis de la France ». Contre toute attente, il est acquitté, ce qui lui permet de rejoindre l’armée révolutionnaire et de combattre aux côtés de Kellermann à Valmy, puis sous les ordres de Klébert et de Bernadotte. Sur tous les champs de bataille, il se fait remarquer par sa vaillance, aussi, lorsqu’une grave blessure le laisse mutilé et qu’il doit quitter la cavalerie, il est nommé chef de légion de la gendarmerie à Avignon où son action lui vaut la considération de tous. Il y rencontre Bonaparte de retour d’Egypte et les deux hommes sympathisent. Lorsqu’il est nommé Premier Consul, Bonaparte appelle Radet à Paris et le nomme général de brigade de la gendarmerie avec mission de réorganiser totalement ce corps, et une fois devenu empereur, Napoléon utilisera la gendarmerie impériale pour assurer sa garde personnelle. La confiance qui unit les deux hommes est sans doute la raison pour laquelle il charge Radet et ses gendarmes de l’arrestation du pape. Par la suite, il le nomme baron d’Empire en 1810 puis Grand Prévôt de la Grande Armée en 1813.

Une telle proximité avec l’Empereur ne peut qu’être fatale à Radet après le retour des Bourbons. Cependant, dans un premier temps, on se contente de le limoger et il rentre à Varennes avec sa famille, mais au retour de l’Empereur, il reprend du service comme commandant de la gendarmerie de la région de Lyon. Malgré son handicap, il participe à la bataille de Waterloo où il est gravement blessé au genou et à la hanche. À peine remis, et après avoir dû signer de sa propre main l’acte de dissolution de la gendarmerie impériale qu’il avait lui-même créée, il est parmi les premiers à passer en conseil de guerre, mais, contrairement à d’autres fidèles de l’Empereur, il n’écope que de 9 ans de détention dans la forteresse de Besançon, peine ramenée à 2 ans par décision royale. Il est alors admis à la retraite et rentre chez lui, à Varennes, où il meurt en 1825.

Si la gendarmerie impériale a disparu en 1815, la gendarmerie nationale, elle, continue d’exister et une grande partie des règlements édictés sous la conduite d’Étienne Radet sont toujours en vigueur aujourd’hui en France et dans de nombreuses gendarmeries européennes qui s’en sont également inspirées. C’est pour cette raison que sa mémoire est toujours honorée : on a donné son nom à la 92ème promotion des EOGN[1] ainsi qu’à la nouvelle gendarmerie de Metz.

 

[1] École des Officiers de la Gendarmerie Nationale

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