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Par Édith PROT

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Louis Bigault de Signemont

Tout officier se doit d’être fidèle à son roi, c’est une évidence. En tout cas, c’était le cas pour les officiers de l’Ancien Régime, d’autant plus qu’ils étaient tous issus de la noblesse. Les choses changèrent lorsque Louis XVI ajouta une cocarde à son chapeau devant la foule qui criait « Vive la Nation ! ». À partir de ce moment, une question se posa : à qui l’armée devait-elle désormais fidélité, au Roi ou à la Nation ? Pour certains, le choix fut vite fait, ils émigrèrent. Mais pour les autres, quel cas de conscience !…

Ainsi, lorsqu’après l’arrestation de Louis XVI à Varennes, on décida  de le ramener à Paris, un faible espoir revint au sein de la famille royale lorsqu’on remarqua qu’un officier portant la Croix de Chevalier de Saint-Louis, prestigieuse décoration royale, avait pris la tête de l’escorte. Ils se mirent aussitôt à espérer que cet officier venait leur apporter son aide… Hélas, il n’en fut rien, car celui-ci les informa très vite qu’il ne rendait désormais de comptes qu’à la Nation, provoquant la remarque amère de la sœur du roi « Voilà, mon frère, un homme auquel vous donnez du pain ! ». Mais qui était donc ce bouillant aristocrate acquis aux idées révolutionnaires ? Un Meusien.

Louis Bigault de Signemont nait le 18 avril 1732 au Claon, qui n’est à l’époque qu’une dépendance de Lachalade. Il appartient à une vieille famille noble originaire du Berry qui a, depuis des siècles, un statut un peu à part : en effet, les membres de cette famille ont été autorisés à travailler tout en conservant leur titre de noblesse. Lorsqu’en 1560, ils viennent se fixer en Argonne pour travailler le verre, ils sont porteurs d’une lettre patente qui leur accorde ce statut et chaque génération se le fera renouveler jusqu’en 1746. Ainsi le père de Louis, bien que faisant partie de la noblesse, souffle le verre à Lochères, écart d'Aubréville. Louis, par contre, ne se sent pas attiré par le métier et entre dans l’armée à 14 ans comme Cadet dans un régiment d’infanterie. Il participe à de nombreuses campagnes au cours desquelles il se distingue par sa bravoure, ce qui lui vaut une blessure, un avancement rapide et cette fameuse décoration qu’il porte fièrement dans les grandes occasions. Malheureusement pour lui, un arrêté fixant l’âge limite pour les officiers stoppe sa carrière en mars 1791. Il quitte son poste de lieutenant-colonel des grenadiers royaux et part en retraite avec le grade de maréchal de camp.

Mais il ne veut pas de cette retraite forcée, alors il crée la première garde nationale en Meuse et se fait ensuite nommer commandant général de tous les gardes nationaux du département. C’est à ce titre qu’il se rend à Varennes quand il y apprend la présence de Louis XVI et fait reconnaître son autorité, espérant qu’en remerciement de son intervention, le gouvernement lui confiera un nouveau commandement militaire. Hélas pour lui, non seulement il est oublié dans le rapport qui est fait à l’Assemblée nationale, mais il ne figure même pas sur la liste des récompenses où sont nommés Drouet et Sauce, ce qu’il déplore avec amertume.

Il essaie à nouveau de se distinguer en 1792 lorsque les Prussiens, après avoir pris Verdun, arrivent à Clermont-en-Argonne, mais il est capturé et emprisonné à Verdun. Libéré quelques jours plus tard par Kellermann, le vainqueur de Valmy, il obtient le commandement de la place de Longwy en récompense de son entêtement. Mais sa nomination fait des jaloux, dont un certain Pacaret, qui le dénonce comme aristocrate. Louis est aussitôt relevé de ses fonctions, mais obtient très vite un nouveau commandement à Sarrelouis, rebaptisée Sarrelibre par les révolutionnaires. Fait-il preuve de morgue, d’ambition ou de dureté excessive, toujours est-il que cette fois encore il se heurte à une dénonciation pour appartenance à la noblesse, perd son commandement et finit même en prison à Verdun. Un an plus tard, il est à nouveau tiré de sa cellule par Kellermann, mais plus question de réintégrer l’armée. Il rentre donc chez lui, à Neuvilly-en-Argonne, en octobre 1794, en devient le maire et partage ses journées entre l’administration de la commune, la chasse et de longues promenades dans les bois. C’est au cours d’une de ces promenades qu’il disparait. Le 23 août 1796, on retrouve son cadavre à moitié dévoré par les loups. Bien que sa veuve refuse de reconnaître le corps, les habitants du village s’accordent pour attribuer à des déserteurs la responsabilité de l’assassinat de leur maire et l’enterrent dans le cimetière de la commune. Puis chacun s’empresse de l’oublier.  

Un dignitaire chinois déchu déclara peu avant sa mort : « Je m’étais rêvé aigle, mais je n’étais que corbeau… ». Non seulement Louis Bigault de Signemont ne réussit jamais à concrétiser ses ambitions et son désir de reconnaissance, mais il traversa l’histoire sans parvenir à y laisser la moindre trace. Même sa tombe est aujourd’hui introuvable… Quelle triste destinée !

Prot

Commentaires (2)

Edith Prot
  • 1. Edith Prot | mardi, 04 juin 2019
Soyez fiers d'être meusiens! On trouve partout des traces de leur passage. Je reviens de Madère, eh bien, j'en ai encore trouvé un ! Et pourtant les habitants le croient portugais! Vous êtes partout, vous dis-je !!!
Claudine R.
  • 2. Claudine R. | lundi, 03 juin 2019
Cette rubrique est toujours très intéressante par ce qu'elle nous apprend sur ces inconnus célèbres qui sont de "chez nous".

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