Patrick lagneau34 nouvelles 22027

Et c'est celle de...
Patrick LAGNEAU

L'arrestation

Le commissaire Bertrand monta l’escalier, son revolver à la main. Colla son oreille contre la porte. Pas de doute, ils étaient là. Il tourna rapidement la poignée, fit irruption dans la chambre et braqua son arme sur les deux criminels qu’il poursuivait depuis plus d’une heure. Ils n’eurent pas le temps de réagir.

— Les mains en l’air et pas un geste !

Ils étaient assis sur le parquet et avaient commencé à se partager le butin.

— Vous êtes faits comme des rats. Vous ne pouvez pas nier votre vol.
      
— Attendez, Monsieur le Commissaire, nous allons le rendre.
   
— Ah oui, parce que vous croyez que cette bonne action va vous permettre d’échapper à la justice ? Vous avez commis un vol, vous devez payer. Allez hop ! Debout !

Les deux voyous s’exécutèrent.

— Toi, dit-il à l’un des deux, retourne-toi, les mains derrière le dos… Non, pas toi, juste lui. Toi, tiens, attrape…

Sans jamais cesser de les braquer, il lui lança une paire de menottes.

— Allez, passe-les à ses poignets… et fais gaffe ! Je t’ai à l’œil !

Les menottes en place, le voyou se tourna vers le commissaire.

— Maintenant, à toi ! Retourne-toi et passe tes mains derrière ton dos…

Le commissaire prit sa deuxième paire de menottes, mais pour les lui passer d’une seule main, ce n’était pas simple. Il posa son revolver sur la table de nuit. Alors qu’il s’apprêtait à les verrouiller aux poignets du second truand, celui-ci, qui avait repéré l’arme, se retourna d’un seul coup et poussa le commissaire qui roula sur le parquet. Lorsqu’il voulut se relever, il s’aperçut que le voyou le braquait à son tour.

— File-moi la clef !

Le commissaire Bertrand la prit dans sa poche et la lui donna. Aussitôt il délivra son compère qui se frotta les poignets.

— Et maintenant, on fait quoi ?
      
— J’en sais rien, moi… Descends-le !
     
— Comme ça ? Ici ? Tout le monde va entendre le coup de feu…
      
— Prends mon flingue ! Il y a un silencieux…
      
— Un quoi ?
      
— Un silencieux ! Comme ça, personne n’entendra rien.
      
— Ouais, c’est cool ! Il est où ?
      
— Quoi ?
      
— Ben… ton silencieux !
      
— T’es con, ou quoi ! Il est vissé sur le canon du flingue…
      
— Ah, d’accord ! Et il est où ?
      
— Ben, je viens de te le dire… Il est vissé sur le canon du flingue…
      
— Bon, ça va, j’suis pas sourd ! Mais ton flingue, il est où ?
      
— Ben, où tu l’as rangé la dernière fois…
      
— Hé, c’est pas moi qui l’ai utilisé…

Le braqueur soupira et se retourna pour lui montrer le tiroir de la table de nuit où, en principe, devait se trouver son arme.

Le commissaire profita qu’ils avaient tous les deux le dos tourné pour leur foncer dessus. Sous le choc, les deux voyous s’effondrèrent sur le lit, et celui qui tenait le revolver le lâcha. Le commissaire le vit glisser au sol. Alors qu’il se précipitait pour le ramasser,  les deux voyous lui tombèrent dessus, et les trois corps roulèrent sur le parquet. Chacun essaya d’immobiliser l’autre de manière à être le premier à récupérer l’arme.
     
Le commissaire réussit à plaquer l’un des deux et d’une main, tenta d’attraper le revolver. Le second se releva, prit son élan et glissa sur le dos, les pieds en avant sur le bras tendu du commissaire.
     
Le combat faisait rage.
      
Qui allait gagner ?
      
À cet instant, une voix monta de l’étage inférieur.

— Bertrand ! Mais qu’est-ce que vous faites là-haut ?

Tous les trois se regardèrent, les yeux écarquillés.

— Merde, on l’a pas entendu rentrer !
     
— Rien ! On joue, M’man ! J’ai glissé…
      
— Oui, eh bien, venez goûter ! Il est quatre heures !

Les trois gamins se relevèrent. Celui qui jouait le rôle du commissaire, l’aîné, fit la grimace.

— Ouais, ben c’est foutu ! On ne pourra pas reprendre là où on en était.
     
— Pourquoi ? demanda son frère cadet.
      
— Parce que. Pas envie de tout recommencer…
      
— Dommage, dit le benjamin, on jouait bien. Et on fait quoi du butin ?
     
— Les chiques ? Ben, on ira faire une partie après le goûter… Je me sens en forme pour vous en piquer une paire…
     
— Tu rigoles ! J’suis meilleur que toi, dit le cadet en refermant la porte derrière eux.

Le silence s’installa dans la chambre… dans l’attente d’un autre jeu.

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