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25 pour 234 pages
Lorsque j’étais proviseur, un de mes plus grands plaisirs a été d’inaugurer, le 22 mars 2003, la sortie d’un livre écrit par les élèves d’une classe. C’était une classe sans prétention littéraire dans le choix de leur orientation.
Ils étaient lycéens en Brevet d’Enseignement Professionnel Agricole (élevage bovin et équin), à l’EPL AGRO (Établissement Public Local), site de Verdun.
L’emploi du temps de ces élèves comprenait les disciplines auxquelles nous sommes habitués, à savoir les matières générales et comme dans tout établissement professionnel, les matières techniques.
Pour l’information des lecteurs, je me permets un petit aparté. Je précise qu’il y a une matière qui devrait être dans l’emploi du temps des élèves de l’EN, qui est l’ESC (Éducation Socio Culturelle) qui existe depuis 1965 et que nous devons au Ministre de l’Agriculture, Edgar Pisani. Son programme se résumait en trois points : l’homme, le produit et l’espace.
Trois objectifs sous-tendent l’ESC que Patrick connait bien sûr mieux que moi et pour cause :
Éducation aux enjeux sociaux et culturels
Éducation artistique
Éducation à la communication, à l’autonomie et la coopération
Les apports de l’ESC développés dans la circulaire de création, permettent
1- Une prolongation de l’action des professeurs au-delà de l’éducation
2- D’introduire des matières et valeurs éducatives : matières visant à l’épanouissement de l’être, au développement de l’esprit de curiosité et de recherche, à l’utilisation intelligente du temps libre.
3- Aux élèves, d’affirmer leurs goûts personnels, leur instinct créateur, leur sens de l’initiative, de les préparer à l’exercice des responsabilités, à l’enrichissement de la vie personnelle et à l’apprentissage démocratique de la vie en société.
4- D’ouvrir les élèves à la vie extérieure, d’organiser avec les ruraux et pour eux des conférences, stages, etc.
Tous ces objectifs, les élèves, les avaient bien intégrés puisqu’ils ont écrit un livre avec leur professeur de français qu’ils appellent très affectueusement, « la petite Véro » (son prénom est Véronique) : Les bêtes de Meuse édité aux éditions Lacour (Nîmes) dont Pierre était le directeur de collection.
C’est à travers un exercice courant de dissertation française que l’idée d’un ouvrage collectif a germé. Ils étaient 23. Grand bien leur en a pris.
Marion, la fille de Pierre développe son idée d’écrire, chacun un texte sur un animal. La professeure est conquise malgré ses peurs logiques de non-aboutissement. Petit à petit, l’idée fait son chemin. Ce fruit de la passion mettra deux ans pour germer, grandir et éclore.
Véro et Pierre sont présents pour l’aide efficace apportée à ces jeunes qui, en lycée professionnel, pouvait ne pas se préoccuper de littérature. Beaucoup pense cela et Pierre écrit, dans sa préface « méfiez-vous des idées reçues ! ». Sa préface développe ‘les idées reçues’ quant à l’orientation des élèves. Naïvement, je peux penser que c’est encore le cas aujourd’hui !
- Marion est à l’origine de ce livre, préfacé par son père Pierre. Elle développe son amour pour "Pérou ce cheval inoubliable" avec qui, elle a tissé une véritable complicité. C’était, écrit-elle, mon ami et mon confident. Il lui a appris le bonheur, l’amitié et la complicité. Elle l’a aidé à surmonter sa peur, à devenir moins craintif, lui qui a été maltraité avant sa venue au centre hippique.
Son attitude la pousse à écrire une très jolie phrase dont beaucoup de gens devrait faire sienne « Pour qu'un cheval me comprenne, c'est d'abord à moi de le comprendre ». Sa réflexion très philosophique pourrait devenir « pour qu’un animal ou un humain me comprenne, c’est d’abord à moi de le comprendre ».
- Noïam dans « Une histoire une vie » raconte le très beau cadeau reçu à Noël. C’est un poney qui s’appelle ‘Facile’. Elle raconte avec beaucoup d’enthousiasme ce moment de découverte.
Après de nombreuses compétitions qui ne se sont pas bien réalisées, elle est obligée de s’en séparer et elle raconte son calvaire, avec des mots justes. Les quatre pages du livre ont été, écrit-elle « celles de son bonheur et celles de son désespoir ».
En guise de post-scriptum, elle ajoute être reconnaissante à Marion, car sans elle, elle n’aurait pas réussi à finir cette œuvre.
- Marie présente un vagabond se réfugiant dans une étable pour y trouver un peu de chaleur et le propriétaire finit par le prendre en tant qu’employée.
La suite est de la même veine, merveilleusement raconté, avec beaucoup d’esprit et de tendresse, comme les récits de…
Alexandre et ‘La complicité des deux espiègles’
Céline et son ‘Amour des chevaux’
Sylvie et ‘Le têtard’
Ludivine qui a ‘ Un grand regret’
Rachel et ‘Le miracle’
Anne-Sophie et ‘Le ciel tueur d’un être cher’
Adrien et ‘L’histoire de chèvre’
Aude et ‘Une nouvelle vie’
Charlène et ‘La chipie’
Sébastien et ‘Le vêlage fait d’amour et de tendresse’
Emmanuelle et ‘Espoir’
Laurence et ‘Un anniversaire inoubliable’
William et ‘Gandhi’
Jean-Baptiste et ‘Middle West’
Sophie et ‘Emeraude’
Jennifer et ‘Un mauvais souvenir’
Marie et ‘Ebène’
Emeline et ‘Un cœur brisé’
Jessica et ‘La métamorphose’
Ghislain et ‘Quéhoie’
Sans oublier les 3 élèves déjà cités :
Noïam dans ‘une histoire, une vie’
Marie et ‘Le vagabond’
Marion et ‘Pérou ce cheval inoubliable’
Et les 2 accompagnateurs :
Pierre et ‘Diadème’
Véronique avec ‘Le chat de Sophie’
Bien sûr, Pierre ne pouvait pas ne pas écrire. Avec ‘Diadème’, il raconte des instants de vie de l’épeire diadème. Une araignée qui se plaît au centre de sa toile qu'elle refait chaque matin. C’est une auxiliaire du jardinier parce qu’elle capture de nombreux insectes parasites. Le tout est raconté comme un roman avec intrigues.
Les auteurs et autrices, en parlant si bien des animaux, développent différents sentiments, des réflexions existentielles comme par exemple Adrien qui dit « pour être heureux dans la vie, il faut peu de choses », sans oublier la tendresse, la joie après la tristesse ou bien encore, le dépassement de soi.
Cela donne un livre de 234 pages. Ce que ces 23 élèves ont écrit, nous pourrions le traduire, avec Paul Claudel, par « l’écriture a ceci de mystérieux qu’elle parle » et nous pourrions aussi voir de beaux tableaux, comme dit Voltaire que « l’écriture est la peinture de la voix ».
25 (23+2) pour 234 pages écrites, dites et peintes
 
Ce livre m’a inspiré cet acrostiche :
Les élèves ont mauvaise presse. Que ne dit-on pas !!!
Envers eux… souvent, trop souvent, du négatif
Sans se soucier de la réalité. Ce n’est pas sympa
Bien sûr, les remarques empêchent le créatif
Et pourtant, malgré cela, une classe de BEPA
Tournée vers l’élevage équin et bovin
Entraînée par Marion, merveilleusement motivée
S’approprie immédiatement l’excellente idée
D’écrire sur leur amour des bêtes, sans peur
Et encouragés aussi par leur professeur.
Magnifique cette belle idée et 234 pages
Ecrites par 23 élèves sans dérapage.
Un beau moment pour relater leur passion
Sur leur animal choyé, aimé et préféré
Et surtout pour eux, une belle émancipation.
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