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Par Daniel DUBOURG

LES CHANTS D'OISEAUX ET LE CRI DE LA TERRE

   Nous avons besoin de nous ressourcer, de sentir la vie autour de nous, car nous en faisons partie. Nous sommes des locataires de la terre. Nous devons l’entretenir.
   Nous avons besoin de subsister et nous profitons de ce que la Terre nous offre et produit. Donc nous consommons et, ce faisant, nous devons sans cesse identifier nos besoins.

  Notre appétit peut devenir celui d’un ogre, c’est-à-dire, qu’il nous amène à consommer à outrance, au-delà même de nos besoins qui nous conduisent au profit. La tentation est grande, en effet, de s’approprier des richesses que l’on voit se multiplier, se régénérer.

  Quand l’être humain produit trop d’activité, plus que nécessaire, il va vers l’épuisement et devient improductif, puis incapable de produire. Produire pour quoi, pour qui ?

  L’histoire nous montre que ce que nous nommons profit devient rapidement exploitation pour des raisons qui, souvent, nous échappent :

  — l’habitude de consommer qui s’inscrit comme un fonctionnement qui s’auto nourrit, une routine implantée par l’éducation dont découlent le mode de vie, le mode de pensée…

   — la crainte du manque créé par le besoin,

   — le désir de posséder ce qui nous est inconnu, associé à l’appel de la nouveauté,

   — le désir de consommer ce que l’autre consomme, en réponse à une frustration.

  L’exploitation et la surexploitation appauvrissent les milieux qui nourrissent et régénèrent. Donc la Terre s’épuise et peut de plus en plus difficilement répondre aux besoins grandissants de l’être humain.
  
Ce même être humain exploite les milieux et en tire des bénéfices, des profits, et non du bien-être, par une gestion égoïste, car il ne songe pas forcément au collectif. Il faut que cela rapporte gros, si possible, et sans partage, puisque nous sommes dans une logique de profit.
   
Certaines ressources de la Terre n’ont pas ou plus les moyens de se régénérer au rythme des désirs humains, car elles sont la résultante de très lentes transformations qui les ont rendues utilisables, consommables. Il y a donc maintenant une carence annoncée, affirmée et irréversible, parce que nous n’avons pas réfréné nos besoins, pensant que l’échéance du manque était lointaine, alors qu’elle est à notre porte. Prévoir. Gérer.
   
Pour mieux satisfaire des besoins que l’on dit essentiels, immédiats, susceptibles d’assurer la vie minimale, nous augmentons la production en améliorant les technologies, en trouvant de nouveaux débouchés, en fabriquant de nouvelles matières qui vont pourvoir aux manques toujours croissants et aux besoins jamais assouvis.
   Tout cela coûte cher en recherche, en moyens financiers, en activité humaine. Et il faut que de tels investissements rapportent à ceux qui ont mis cette machine en route, avec l’approbation de ceux qui espèrent voir leurs besoins croissants satisfaits. Le monde du travail est appelé à travailler pour y parvenir, mais ce dernier se fatigue, à force d’efforts répétés à des cadences croissantes.

  Cet effort implique que, pour produire à moindre prix, à l’aide de technologies sophistiquées et coûteuses, il faut accepter de gagner moins d’argent, alors que les besoins sont croissants. Pour satisfaire ces besoins, en disposant de moins de moyens de subsistance, le pouvoir de se procurer des choses de qualité n’est pas à la portée de nombreuses bourses. Et finalement, la qualité n’est pas là. La fatigue est à son comble, l’insatisfaction et le mécontentement dominent, la frustration croît, la santé décline et la boucle est bouclée. Les dégâts collatéraux que subissent l’individu et le groupe social ne se comptent plus sur les doigts des deux mains.

  Dehors, les déséquilibres en tous genres peu à peu installés témoignent des dysfonctionnements. Et l’être humain constate, s’interroge, s’affole, tente de trouver des parades, des réponses immédiates à des problèmes inscrits dans la durée.

   Si nous sommes semblables, nous nous distinguons cependant par des différences peut-être essentielles, la première étant sans doute celle de penser différemment et donc, de ne pas nous inscrire dans ce fonctionnement qui fait loi, pour le moment. La Terre a besoin de toute notre attention pour vivre, pour que nous puissions encore être ses habitants, ses locataires.

  Quand nous sommes en harmonie avec le vivant, nous sentons la nécessité de nous y inscrire et de collaborer. Nous écoutons et éprouvons d’autres choses, parce que le chemin parcouru nous y a connectés. Notre façon de considérer notre rapport et notre cohabitation avec la Terre, et aussi avec les autres prend de nouvelles dimensions et s’inscrit hors du profit et en dehors du « pour soi ». Visiter ces territoires requiert un effort. Il faut se rebrancher et se remettre en question, pratiquer le doute.

  Il faut aussi se poser pour écouter le chant des oiseaux et le murmure du vent, suivre le regard malin du renard, apprécier la lenteur de l’escargot, s’étonner du bourdon et de l’abeille qui visitent les fleurs, prendre le temps de s’arrêter et de se parler à soi-même.

Nous sommes à l’image de toutes les fonctions globales régissant la Vie.

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