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Gobert d’Aspremont
Il paraît qu’on peut à tout moment changer de vie. Passer de futur prêtre à père de famille nombreuse, par exemple, ou de féroce guerrier à moine pacifiste… Cependant, prendre un virage à cent quatre-vingts degrés n’est pas donné à tout le monde, a fortiori à une époque où le mot reconversion n’avait pas encore été inventé. En ce qui concerne notre inconnu du jour, le destin lui a fait emprunter une succession de virages qui aurait pu en décourager plus d’un. Mais il n’était pas n’importe qui, puisque c’était un Meusien !
Gobert naît vers 1187. Il est le deuxième fils du seigneur Geoffroi d’Aspremont et de ce fait devra devenir religieux, comme beaucoup de cadets de familles nobles. Cependant on ne peut pas dire qu’il ait le profil. C’est un enfant trapu et costaud, toujours prêt à la bagarre avec les enfants des fermes, élevé à la dure par un palefrenier qui lui apprend à monter à cheval et à manier les armes. Il est beaucoup moins doué pour les études et s’ennuie ferme pendant les leçons de latin.
Lorsque son aîné, Jean, décide contre toute attente d’entrer dans les ordres, son père doit changer ses plans. Il va devoir donner à son cadet l’éducation appropriée pour devenir le futur seigneur. Ce n’est pas si difficile, car si Jean brillait par son intelligence, Gobert, connu comme un habile cavalier et un combattant hors pair, a déjà gagné le respect des nobles de la région.
En 1208, il a 21 ans lorsque son père meurt brutalement. Pour mieux s’occuper du domaine dont il vient d’hériter, Gobert abandonne aussitôt son armure et devient gestionnaire. Son premier acte en tant que seigneur n’est pas anodin : il fait abolir le servage sur ses terres.
Malheureusement il n’est pas seul à décider de son destin. Il est en effet le vassal de puissants seigneurs qui ont entendu parler de ses compétences exceptionnelles au combat et veulent les utiliser à leur profit. Tout d’abord le roi de France qui a besoin d’hommes de poids pour sa croisade contre les Albigeois. N’ayant pas le droit de refuser, Gobert quitte son domaine pour une mission qu’il désapprouve.
De retour chez lui, en 1215, il épouse Julienne de Rosoy, dame de Chaumont, qui lui apporte en dot le fief de Dun. Ils auront quatorze enfants, mais leur bonheur conjugal va être de courte durée.
En 1228, c’est l’empereur Frédéric II qui réclame sa présence à ses côtés pour mener la sixième croisade en Palestine. Il y aura peu de combats, Frédéric II préférant la diplomatie (ses ennemis baptiseront ses tractations avec les musulmans de qualificatifs nettement moins aimables). Toujours est-il que les occasions de manier l’épée se faisant rares (Frédéric ne veut pas froisser les émissaires musulmans en attaquant leurs villes), il propose à ses troupes de se défouler en attaquant les places fortes tenues par des ordres religieux chrétiens. (Il faut dire pour sa défense que lesdits religieux l’ont excommunié, ce qui en contrarierait plus d’un à sa place).
Malheureusement pour lui, cette décision révolte Gobert qui prend fait et cause pour les religieux et convainc rapidement Frédéric de changer ses plans. On ne se heurte pas de front à un homme tel que Gobert d’Aspremont !
Une fois le traité signé et la ville de Jérusalem rendue, l’ambiance est si lourde que personne ne s’incruste en Palestine. Frédéric rentre en Sicile où son autorité a du plomb dans l’aile et Gobert rentre chez lui après un rapide pèlerinage sur les lieux saints.
Il a désormais quarante ans et son séjour en Palestine l’a amené à réfléchir. Il va prendre une dernière fois les armes pour aider son frère qui a réussi à se rendre si impopulaire dans son évêché de Metz que les habitants ont mis le feu à son palais, puis il part incognito en pèlerinage à Saint-Jacques-de-Compostelle.
À son retour, il met ses affaires en ordre puis cède sa place à son fils aîné et se fait moine en 1937. Il ne choisit pas comme son frère un ordre prestigieux avec des revenus lucratifs. Il opte pour les cisterciens et leur simplicité et s’installe à l’abbaye de Villers-en-Brabant où il se distingue par une grande austérité. Il devient l’ami de la future Sainte Julienne de Cornillon (à qui l’on doit l’instauration de la Fête-Dieu). Il apprécie cette femme au caractère bien trempé, car même devenu moine, il reste sensible aux injustices criantes.
C’est d’ailleurs en allant protester auprès de la duchesse de Brabant qui a supprimé certains revenus de l’abbaye qu’il fait une mauvaise chute de cheval. Sa mission est un succès, mais à son retour il tombe dans le coma et meurt trois jours plus tard, en 1263.
Il est élevé au rang de Bienheureux et fêté le 20 août en Belgique. On peut encore voir son gisant à l’abbaye de Villers ainsi qu’un vitrail à son effigie dans l’église de la Visitation à Villers-la-Ville.

Gisant de Saint-Gobert à Villers
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