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DÉCLIC
Depuis quand est-ce que j’écris ?
Lorsqu’on me pose cette question (et on le fait souvent), j’ai tendance à vouloir répondre : depuis toujours. Mais soyons honnêtes, je ne suis pas douée à ce point (quoique ?), il m’a d’abord fallu apprendre à maîtriser le code. Mais c’est vrai que j’ai commencé tôt, et cela, grâce (ou à cause) de mon frère et de ma sœur. Ils étaient (et sont toujours) beaucoup plus jeunes que moi et quand ma mère était trop épuisée par sa journée pour leur lire une histoire, c’est moi qui m’y collais. Et je me suis heurtée très vite à un double écueil. D’une part, j’ai une mémoire sélective, et d’autre part, je n’appréciais pas les « jolis contes de notre enfance ». Je m’explique. Les princesses et leurs petits pois, les princes en collants et les fées caractérielles ne me satisfaisaient pas vraiment, moi qui étais plutôt fan de Davy Crocket et de Kit Carson. Alors au lieu de lire consciencieusement le texte que je trouvais gnangnan, j’improvisais. Et même beaucoup. Cela ne déplaisait pas aux petits, au contraire, seulement il y avait un hic. D’une fois sur l’autre, je ne me souvenais plus de tous les détails que j’avais inventés. Malheureusement, eux… si ! D’où de fréquentes et amères récriminations de la part de la fratrie qui restait sur sa faim. Alors je me suis mise à consigner mes délires sur des cahiers, essentiellement dans un but pratique, un peu comme quand on rédige sa liste de courses pour ne rien oublier. J’ai ainsi réécrit la fin de plusieurs contes, puis la fin de certains films dont le dénouement m’avait laissé un profond sentiment de déception.
Et puis un jour (j’étais en troisième), ma professeure de français est tombée sur un de ces cahiers que j’avais apporté au collège. J’avais l’intention d’en lire un passage aux élèves de sixième que je surveillais pendant la pause de midi (C’était en 1968 et on appelait ça l’autogestion!). Elle n’a pas crié au génie (il n’y avait pas de quoi), mais elle m’a encouragée à continuer avec un seul conseil : ne plus me contenter de réécrire des textes existants. Selon elle, je devais désormais tout créer de A à Z et elle pensait que j’avais assez d’imagination pour le faire. Et je l’ai fait. Pendant des années, j’ai noirci des cahiers entiers. Des cahiers que personne ne lisait. Tout ce qui s’y trouvait me semblait trop personnel pour être partagé. La pile de cahiers s’est étoffée en silence jusqu’à ce qu’un ami me parle du livre qu’il venait d’écrire. Il avait osé ! Alors, pourquoi pas moi ? Je lui ai fait lire un de mes cahiers, et il m’a simplement dit : lance-toi, qu’est-ce que tu risques ? Je venais de prendre ma retraite, j’avais enfin du temps et plus d’enfants à gérer, j’ai donc fait un premier essai. Je n’ai jamais réussi à m’arrêter depuis. Tous mes cahiers y sont passés, et les idées ne manquent pas pour continuer encore un bon moment. Écrire est devenu une respiration nécessaire pour me permettre de vivre. Savoir que ce qui sort de ma plume peut plaire, émouvoir ou faire rire quelqu’un d’autre est pour moi le meilleur remède contre les coups de pied en vache que distribue l’existence. Non, docteur, je ne prends pas de médicaments. J’écris.
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