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Et c'est celle de...
Daniel DUBOURG

Le parking aux BMW

   Elle vient de ranger sa BMW sur un vaste parking occupé par quelques voitures. Elle doit gagner le grand immeuble voisin où elle est attendue avec impatience. Pas de temps à perdre ; elle a déjà pris trop de retard. Un coup d’œil alentour et elle remarque que son véhicule ressemble en tous points à tous les autres : mêmes modèles, couleur noire. Étonnant, mais enfin…
  Elle ferme sa portière et clique sur son porte-clefs qui ne réagit pas : piles déchargées, sans doute. Elle en trouvera bien, au retour, dans l’une des boutiques toutes proches.

   La réunion a été longue, éprouvante. Il est bien dix-neuf heures quand elle la quitte. Tout est fermé dans le coin et la femme meurt de faim. Un café sur le pouce, un simple sandwich jambon beurre feraient l’affaire, mais ici, les rideaux des magasins sont tirés. Pas de restauration rapide, pas de supérette. Pas de café. Et pour la pile de son porte-clefs ?  Elle s’énerve, se raisonne, réfléchit.
Le soleil commence à gagner l’horizon qui prend des teintes rosées ; des odeurs d’asphalte tiède agressent les narines. Malgré l’heure, le parking est encore bondé et toutes les voitures garées là sont vraiment des copies conformes de la sienne dont elle a oublié l’emplacement, comme d’habitude. Heureusement que le stationnement est gratuit ; elle aurait eu droit à « son » PV, chanceuse comme elle se connaît ! Elle sillonne la place en tous sens à la recherche de son petit bolide et réalise soudain qu’elle n’en connaît pas la plaque d’immatriculation.

  À présent, il va falloir qu’elle parcoure toutes les travées, qu’elle observe chaque voiture, à la recherche d’un indice lui permettant de reconnaître la sienne qui n’a aucun signe distinctif à l’intérieur comme à l’extérieur, même pas d’enjoliveurs particuliers ni d’autocollants sur la vitre arrière. De toute façon, elle ne s’en souvient pas. Pas non plus la moindre éraflure !
  Elle décide alors de passer toutes les voitures en revue et d’observer leurs vignettes et autres autocollants obligatoires, collés sur le pare-brise. De plus, elle ignore le nom de sa compagnie d’assurances. Rien ne va plus ! Quel marathon urbain !
   Que faire ? Elle réalise qu’il ne lui reste plus qu’une solution : sa télécommande contient une clef rétractable. Il suffira d’arpenter à nouveau le parking, et d’introduire le fameux sésame dans chaque serrure, en espérant que, au plus vite, cette dernière va tourner. Ne pas oublier une seule voiture, procéder de façon très méthodique.

   La jeune femme a retrouvé son calme et procède patiemment.
Depuis qu’elle a commencé son exercice, elle en a déjà dénombré une bonne cinquantaine, mais la sienne n’est toujours pas repérée.  Elle se prend alors à penser qu’on a pu la lui voler. Ce serait bien sa chance !

   Elle ne se décourage pas. D’ailleurs, cela ne ferait qu’aggraver la situation. Elle se voit, par moments, appeler un taxi. Elle est si loin de chez elle ! Contacter quelqu’un de sa famille ou de ses amis ? Attendre... combien de temps ? Déranger les gens pour un si long déplacement ? Les inquiéter ? Expliquer sa situation ? Qui répondrait ? Chaque fois qu’elle engage la clef dans un barillet réticent, elle envisage de téléphoner pour prendre une chambre l’hôtel assez proche, quitte à arpenter les rues de cette ville inconnue, la nuit, elle qui sait si peu se servir de son GPS…
   À l’entrée du parking, elle aperçoit quelques personnes qui se dirigent vers des voitures. Peu à peu, des portières claquent, des feux s’allument, des véhicules démarrent et s’éloignent. Un espoir ! Et si maintenant, de plus en plus de conducteurs venaient récupérer leurs véhicules ? Sans doute, ces gens quittent leur travail pour rentrer chez eux. Chose non négligeable : plus le parking se dépeuplera, plus la recherche lui sera aisée. Mais avec la chance qu’elle a, elle est persuadée qu’elle ne rencontrera sa propre voiture qu’à la fin de sa déambulation.

   Quelques minutes ont passé ; les lieux sont de plus en plus déserts. À vue d’œil, il ne doit plus rester qu’une cinquantaine de BMW aussi noires que la sienne, qui est forcément dans le lot. La jeune femme ne sait plus très bien si elle a déjà essayé sa clef dans la serrure de nombre d’entre elles. Un bon quart d’heure plus tard, de nouvelles personnes arrivent au compte-gouttes et repartent bientôt, tous feux allumés.

  Elle pense qu’elle arrive au terme de sa recherche. En effet, il ne reste maintenant plus que deux véhicules sur le parking. La première ne veut rien savoir ! Fébrile, elle s’approche de la seconde, qui est forcément la sienne, et introduit très rapidement la clef de secours dans la serrure qui résiste !

Elle ne comprend plus rien, cette fois. Elle peste, découragée et au bord de l’affolement. Essayer à nouveau ? Le barillet tourne, docile.

Voilà ! Elle va s’en aller et pousse un cri de plaisir, seule, sur la place obscure et déserte.

   Une sonnerie de téléphone retentit. Elle sursaute, se raidit. Sur le siège arrière, son portable s’allume et lui rappelle qu’elle a rendez-vous chez une amie, dans une heure, pour un tajine.

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