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Une chanson, les paroles, la vidéo d'un artiste,
le tout proposé par 
Thierry LEFEBVRE

TRANCHE DE VIE
de Bénabar

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Si l'on vous demandait de ne citer qu'un seul refrain de Benabar, il est fort à parier que ce serait pour beaucoup d'entre vous :  « On s'en fout, on n'y va pas, On n'a qu'à se cacher sous les draps.  » . Par cette simple ritournelle, Bruno Nicolini, plus connu sous le nom de Bénabar, résume toute la philosophie de son œuvre : une observation minutieuse, tendre et souvent ironique de notre quotidien le plus banal.
Au travers de ses chansons, Bénabar choisit de poser sa loupe sur les « petits riens » qui font tout et qui pimentent de la vie. Ses chansons ne sont pas de simples mélodies ; ce sont de véritables courts-métrages, des tranches de vie où les détails — une vaisselle qui traîne, une clé qu'on cherche, ou un dîner auquel on n'a pas envie d'aller — révèlent des vérités universelles.
De l’enfance insouciante à la vieillesse nostalgique, en passant par les crises de couple et les joies de la paternité, Bénabar a construit au fil de ses albums une véritable fresque sociale. Il est le chroniqueur d'une génération, capturant avec une précision chirurgicale ces étapes de la vie que nous traversons tous, avec nos maladresses et nos petits bonheurs.
Je vous propose de parcourir quelques chansons de son répertoire où il parvient à transformer la routine en poésie et à faire de nos existences ordinaires des histoires extraordinaires.

L'enfance avec « Le Vélo »

Dans cette chanson, Bénabar ne se contente pas de raconter une balade ; il décrit le passage symbolique de la petite enfance à l'autonomie. C'est le moment charnière où l'on retire les « petites roues » stabilisatrices. On y retrouve tout l'univers visuel des dimanches après-midi : le goudron, les genoux écorchés et le père qui court derrière la selle en jurant qu'il ne lâche pas... alors qu'il a déjà lâché.

L'âge bête avec « Adolescente »

Cette période où la chambre devient un sanctuaire interdit, le téléphone une extension du bras, et le mépris pour les parents une seconde nature. Bénabar décrit cette période comme une sorte de "tempête hormonale" qui transforme une petite fille douce en une créature mystérieuse et souvent boudeuse.

Les premières expériences avec « Les râteaux »

Si la chanson de geste célèbre les héros, Bénabar, dans cette chanson, préfère célébrer les loseurs. Il y rend hommage à l'art de se faire éconduire, cette étape inévitable de la jeunesse où l'on tente de séduire avec plus d'enthousiasme que de succès. C'est un hymne à la maladresse. On y ressent cette persévérance presque héroïque : malgré les vestes qu'on se prend (les fameux "râteaux"), on continue de croire que la prochaine fois sera la bonne. C'est le passage de l'idéalisme amoureux à la réalité, parfois un peu rude mais toujours drôle avec le recul. Moralité de l'histoire : accumuler des râteaux, c'est aussi ça, apprendre à vivre.

L'installation avec « Y a une fille qu'habite chez moi »

Bénabar y raconte, avec beaucoup d'humour et d'autodérision, la surprise d'un jeune homme qui réalise que sa petite amie a discrètement, mais sûrement, emménagé dans son espace personnel. C'est l'étape du passage à la vie adulte et à l'installation en couple.  C'est aussi le passage de la possession à la concession. Le narrateur se sent comme un étranger chez lui, dépossédé de son désordre de célibataire. Mais sous l'humour transparaît une forme de tendresse : c'est l'acceptation que la vie est désormais partagée, avec tout ce que cela implique de perte de contrôle.

La vie de couple avec « Monogame »

Avec "Monogame", Bénabar s'attaque au sujet de la fidélité dans la durée. C'est l'étape de la maturité amoureuse, là où le couple n'est plus une nouveauté mais un choix délibéré et parfois acrobatique. On n'est plus du tout dans l'appartement envahi de collants, mais dans la tête d'un homme qui regarde le monde extérieur. On y perçoit le mélange d'une honnêteté brutale et d'une déclaration d'amour moderne. Le narrateur admet que ses yeux traînent parfois ailleurs, mais il affirme que sa loyauté est un luxe qu'il offre à sa compagne. Il réussit l'exploit de rendre la fidélité "cool" et pleine d'humour. En utilisant un mot presque médical ou scientifique comme "Monogame", il dédramatise le côté sacré du mariage pour en faire un contrat humain.

La paternité avec « Berceuse »

Bénabar s'attaque ici à un tabou. La douceur du nouveau-né face à la cruauté de l'innoncent. C'est l'étape de la paternité, vue non pas depuis un nuage, mais depuis le carrelage froid d'une cuisine à 3 heures du matin. On oublie les clichés présentant l'enfant comme le bonheur parfait. Bénabar nous livre une version "commando" de la vie de parent. La berceuse n'est plus un chant mélodieux, c'est une négociation désespérée pour obtenir quelques minutes de sommeil. Chanson idéale pour déculpabiliser tous les parents en montrant que l'on peut adorer son enfant tout en étant au bord de la crise de nerfs. C'est l'hymne de la paternité réelle, celle qui pique les yeux mais qui remplit le cœur.

La crise de la quarantaine avec « Les filles de plus de quarante ans »

Humour ou second degré, à vous de juger !

La maturité avec « Politiquement correct »

C'est le portrait de l'adulte qui, avec le confort et l'âge, sent ses convictions de jeunesse s'émousser au profit d'une vie plus calme, plus prudente... et peut-être un peu trop lisse. Il tape là où ça fait mal avec un sourire aux lèvres. Il utilise des clichés (le recyclage, la politesse excessive, le refus du conflit) pour montrer comment la société lisse les individus. C'est la chanson de la maturité installée qui se regarde dans le miroir et se demande : « Où est passé le rebelle que j'étais ? »

La page qui se tourne avec « Un Légo dans la poche »

Bénabar boucle la boucle de la transmission. C’est la chanson de la paternité installée, celle où l'on réalise que nos enfants grandissent et qu'ils emportent une partie de nous avec eux. On sent que le temps file et que bientôt, il n'y aura plus de jouets qui traînent.

L'heure du bilan avec « 4 murs et un toit »

Cette chanson est une fresque chronologique. Elle utilise la maison comme un personnage vivant qui observe, impuissant, le temps qui passe et les occupants qui changent. La chanson suit l'évolution d'un foyer, du jour de l'achat (le couple jeune, les travaux, l'enthousiasme) jusqu'à la mise en vente finale. La maison se remplit de cris d'enfants, de fêtes, de disputes, puis se vide progressivement jusqu'à ce que le silence s'installe.

Les accidents de la vie avec « Tous les divorcés »

Pour clore ce parcours de vie, la chanson "Tous les Divorcés" est indispensable. Elle traite de la rupture, non pas avec le drame d'une tragédie, mais avec la précision d'un constat social. C'est l'étape du bilan doux-amer.

Il décrit le divorce comme une formalité administrative qui tente de masquer un naufrage émotionnel. Il n'y a pas de cris ou de vaisselle brisée, mais une lassitude immense, comme une tristesse polie. La chanson souligne l'absurdité de devoir rester "en bons termes" pour les enfants ou par convention sociale, alors que le cœur est en miettes. C'est le sentiment de l'échec d'un projet de vie qu'on avait cru éternel. Son talent consiste à montrer que le plus dur dans un divorce, ce ne sont pas les grands souvenirs, mais les habitudes qui s'éteignent. Il capture ce moment paradoxal où l'on devient des étrangers qui se connaissent par cœur. C'est une chanson sur le courage qu'il faut pour tout recommencer à zéro quand "quatre murs et un toit" ne suffisent plus à retenir l'amour.

En passant du premier vélo au dernier déménagement, Bénabar nous rappelle que la vie n'est pas faite de grands discours, mais de Legos oubliés, de dîners annulés et de râteaux mémorables. Si son regard est parfois ironique, il n'est jamais cynique. Son message est simple : nos vies "ordinaires" méritent d'être chantées, car c'est dans la banalité du quotidien que se cache notre plus grande humanité. Son succès tient sans doute au fait que chacun se reconnaît dans ses chansons.

Et comme le dit si bien Bruno (pour les intimes dont nous faisons tous partie maintenant) : « Nous ne sommes que des passagers entre quatre murs et un toit, essayant simplement de faire de notre mieux avec le temps qui nous est imparti. »

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