Prot edith 313 inconnu t22026

Par Édith PROT

FRANÇOIS VIGNON

    Connaissez-vous l’histoire de François Vignon ? En écrivant les tribulations de ce personnage en soutane vivant à l’époque révolutionnaire, je vous imagine en train de protester : « Tu as trop d’imagination quand tu crées un personnage, ma belle, ça devient totalement invraisemblable ! » Et pourtant je ne l’ai pas inventé, celui-là ! Et une fois encore, il s’agit d’un Meusien !

    François Vignon naît à Ecurey en 1765. Il est l’aîné de cinq enfants et son père est laboureur. Ne vous y trompez pas, un laboureur, à cette époque, est un ponte de l’agriculture, car il possède des chevaux et des engins agricoles qu’il met à la disposition des autres contre espèces sonnantes et trébuchantes. Il a donc les moyens de payer des études à son fils qui semble avoir de bonnes dispositions pour la prêtrise. François fait des études dans un lycée religieux à Verdun puis entre au Séminaire en 1785. Une fois ordonné prêtre en 1788, il revient à Ecurey pour épauler le curé du village en attendant d’obtenir sa propre paroisse.
En 1790 il devient vicaire à Damvillers et c’est là que les ennuis commencent, car on le somme, comme tous les religieux du pays, de prêter serment. Ce qu’il refuse de faire.
   Quelques semaines plus tard, il voit arriver un curé « jureur » nommé par le district de Verdun pour le remplacer. Vignon, soutenu par la majorité de la population refuse de partir, même quand des révolutionnaires exaltés tentent de le chasser à coups de fouet. Les esprits s’échauffent et la population menace de virer le nouveau curé dont ils ne veulent pas. Les choses prennent une telle tournure qu’il faut envoyer une troupe de trente dragons pour ramener le calme. Finalement, Vignon cède et quitte la ville, mais les dragons devront rester pour protéger le curé jureur.
Apprenant que le curé d’Ecurey a prêté serment puis a abandonné la prêtrise et déserté la place, François rentre chez lui et s’installe chez sa mère devenue veuve. Mais il doit très vite entrer dans la clandestinité, car Ecurey, devenu provisoirement chef-lieu de canton, n’est plus un endroit sûr depuis que la chasse aux prêtres a été lancée par la police cantonale.

   Il se cache donc chez sa sœur et y célèbre des offices auxquels seules des personnes sûres viennent assister. La nuit, il se déplace dans des paroisses aux alentours pour y célébrer la messe (Consenvoye, Samogneux,Béthincourt …), mais il y reste rarement plus d’une soirée de peur d’être arrêté.

La police a rapidement vent de ses agissements et se lance à ses trousses. Mais il leur échappe toujours dans des conditions dignes des aventures de Robin des bois.

Pour pouvoir fuir plus facilement, il a abandonné la soutane et se déplace vêtu en paysan ou en marchand d’encre et de couleurs. Quelquefois c’est assez chaud et il échappe de peu à l’arrestation, comme lorsqu’il doit plonger tout habillé et s’immerger dans une fosse à eaux ou quand, dissimulé dans une meule de foin, il a le front entaillé par la lame d’un officier qui sonde ladite meule avec son épée.

   Il faut dire qu’il a le soutien de la majorité de la population, ce qui peut aider quand on est un fugitif. Les femmes de Rampont lui ont fabriqué des vêtements sacerdotaux pour célébrer les messes et partout on a aménagé pour lui des caches d’urgence, souvent dans les culs-de-four et les dessous d’escaliers.

Ses aventures deviennent des légendes, on raconte même que Dieu lui a fait traverser à pied sec une rivière en crue, que les molosses des fermes lui lèchent les mains au lieu d’aboyer ou que la Vierge le rend invisible en certaines occasions. Pour ma part, je préfère cette anecdote où une paysanne, l’apercevant sur un chemin alors que les gendarmes arrivent, se met à le rosser de coups de bâton.  Interrogée par les gendarmes, elle leur dit que c’est son mari, un ivrogne notoire, qui vient de dépenser leur dernier argent à la taverne du village. Les pandores lui conseillent de taper moins fort et s’en vont en riant sans se douter qu’ils viennent de laisser leur fugitif glisser entre leurs doigts.

    En 1795, l’étau se resserre, alors il choisit l’émigration pour protéger sa famille et va exercer son ministère en Westphalie et en Belgique (à Givet puis à Namur).

Quand il revient d’exil, en 1801, il est aussitôt dénoncé, mais le nouveau commissaire préfère fermer les yeux, car il sait que le culte catholique est sur le point d’être restauré par Napoléon.

    Lorsque c’est fait, François Vignon reprend quelque temps son sacerdoce en temps que curé ambulant avant d’être nommé curé de Malancourt en 1803.

   En 1823, il devient curé de la cathédrale de Verdun et y reste jusqu’à ce que sa santé le trahisse, en septembre 1841. Il abandonne alors son ministère et décède deux mois plus tard. On ne peut pas indéfiniment échapper à son destin.

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