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Par Édith PROT

Jules-Henri Desfourneaux

Ah, la nostalgie ! Comment justifier autrement cet engouement des gens d’aujourd’hui pour les reconstitutions historiques… Tous les Meusiens connaissent Azannes et se pressent dans ce petit village qui fait revivre le début du XXème siècle et ses vieux métiers aujourd’hui disparus. Ils y sont tous, du vitrier ambulant au rémouleur… enfin non, pas tous. Il y en a un qui a été soigneusement écarté de la liste : bourreau ! Ce qui est amusant, c’est que cet ostracisme ne date pas d’hier. Même lorsque les représentants de cette profession étaient nombreux, personne ne voulait intégrer leur confrérie, et pourtant il s’agissait d’un métier légal et bien payé, et les activités y étaient variées : pendaison, arrachage de langue, marquage au fer rouge, décapitation et autres joyeusetés de la sorte égayaient leurs journées. Du moins, jusqu’à la Révolution. À compter de cette période, on a interdit la torture et on a mécanisé les exécutions capitales avec un hachoir perfectionné nommé guillotine. L’artisan est devenu un ouvrier à la chaîne. Résultat, les postulants au poste se sont faits de plus en plus rares et au début du 20e siècle, il n’y en avait plus en France qu’un seul bourreau en activité. Un des derniers à avoir exercé cette profession aujourd’hui disparue était un Meusien.

Jules-Henri Desfourneaux naît à Bar-le-Duc en 1877. Son père, qui a refusé de suivre la tradition familiale (l’expression « être bourreau de père en fils » n’est en rien une vue de l’esprit), est ouvrier en tricots, et sa mère est issue d’une famille de vignerons. Lorsqu’il a 14 ans, son père va s’installer à Paris et Jules se découvre une passion pour la mécanique. Lorsqu’il a dix-huit ans, il s’engage dans l’infanterie de Marine et passe deux ans en Indochine. Une fois rentré au pays après sa démobilisation, il reprend son métier de mécanicien et se spécialise dans véhicules à moteur où il acquiert une certaine réputation. Bref, sa vie commence d’une façon banale.

Tout bascule en 1900 quand il est approché par ses cousins Edouard et Léopold qui ont respecté la tradition de la famille Desfourneaux en devenant les exécuteurs adjoints d’Anatole Deibler, le bourreau officiel. Ils convainquent leur cousin d’accepter un poste d’adjoint suppléant. Au début, cela ne change pas grand-chose pour lui car on ne le convoque jamais, vu qu’il n’est que suppléant. Jusqu’à ce jour de 1909, à Béthune, (oui, je sais, le bourreau de Béthune, ça fait un peu cliché, mais je n’y suis pour rien !) où il doit assister Deibler pour procéder à une quadruple exécution.

La même année, il épouse Georgette Rogis, issue d’une famille d’exécuteurs belges qui ont travaillé avec Deibler. C’est elle qui lui demande d’abandonner le prénom Jules, qu’elle déteste. Il se fera dorénavant appeler Henri. En 1910, elle lui donne un fils, René.

Remobilisé pendant la première guerre mondiale, il revient à la vie civile en 1919 et ouvre un garage automobile où il fait entrer son fils lorsqu’il est en âge de travailler. Malheureusement, ce dernier se suicide à 24 ans, suite à une déception amoureuse. Henri sombre alors petit à petit dans l’alcoolisme et ferme son garage.

En 1938, devenu premier adjoint de Deibler, il procède pour la première fois à une exécution lorsque ce dernier tombe malade. Après la mort de Deibler, en 1939, il devient officiellement le bourreau en titre. Ses premières exécutions lui valent quelques brefs portraits dans la presse : d’après Paris-Soir « Il garde un calme extraordinaire. Il a l'air d'assister en témoin, presque en indifférent, à toute cette scène dont il est le tragique animateur ».

Certes, il lui en faut, du calme et de la patience, notamment le jour de l’exécution d’un tueur en série à Versailles. En raison des troubles causés par la foule, les photographes et les journalistes, il doit retarder l’exécution de 45 minutes. Cet incident interpelle Edouard Daladier, le président du Conseil, qui promulgue un décret abolissant les exécutions publiques qui se dérouleront à l’avenir dans la cour des prisons, à l’abri des regards.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Henri continue à œuvrer. En plus des assassins habituels, il guillotine des résistants et des communistes (près d'une vingtaine) ainsi que quelques femmes, ce qui ne s’était pas produit depuis le siècle précédent. Cette situation pousse ses trois aides à démissionner en 1943, mais lui reste en place.  

À la Libération, Henri conserve son poste. Le premier condamné qu'il exécutera dans la France d'après-guerre sera le tristement célèbre docteur Petiot, le 25 mai 1946 à Paris.

De plus en plus miné par l'alcoolisme, il s'occupe d'un petit atelier de réparation de vélos à proximité de son domicile, en attendant ses ordres de mission.

En 1951, Henri Desfourneaux, âgé de 73 ans, guillotine son dernier condamné puis décède d’une attaque cardiaque quelques mois plus tard. Il est enterré dans un caveau au cimetière de Sèvres, en région parisienne, aux côtés de son fils et de sa femme.

 Au cours de sa carrière, il aura participé à près de 350 exécutions (le nombre exact est impossible à connaître), dont 190 en tant que chef. C’est André Obrecht, un de ses adjoints, qui lui succédera.

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