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Histoires de godasses
Tout est une question de godasses. À moins que vous n’alliez pieds nus, c’est chose sûre.
Nous chaussons toutes sortes de chaussures :
— des bottes, parfois venues d’Italie ou qui ont prêté leur profil à moult situations, très longues comme celles de sept lieues (notons que c’est impossible de trouver celle que chaussent les radis et les poireaux, même dans les épiceries). Sans oublier les bottines et les bottillons.
— des sandales (ou des sandalettes) dont on ne peut casser la dalle (puisqu’elles en sont dépourvues), quand on a faim.
— les Charentaises, douillettes dont les schlaps sont les cousines germaines. Il faut être un spécialiste pour les fourrer...
— les baskets, les escarpins (à ne pas confondre avec les escarpolettes de Scapin, ce qui serait d’une extrême fourberie !),
— les savates, les grolles, les crocs sans monsieur, car trop cannibales, mais pas autant qu’Hannibal,
— les hauts-talons et les talons aiguilles porteurs d’estomacs, quand on a l’estomac dans les talons, sans parler toutefois de Thomas resté dans l’étalon.
— les chaussures noires, fermées, sombres, neurasthéniques, nostalgiques, classiques, cirées et de moins en moins vernies. Ce sont celles que l’on appelle souvent les pompes et qui servent, ou du moins servaient lors de cérémonies comme le mariage, par exemple. On disait ainsi : « il s’est marié en grande pompe ». Il ne s’agissait pas de la taille des chaussures, sans quoi, il aurait fallu appliquer le pluriel, même si certains modèles étaient uniques. À l’époque, elles étaient à la noce, pas comme au moment des obsèques où on les qualifiait de pompes funèbres.
Si vous voyez des chaussures s’enlacer, c’est qu’elles sont amoureuses. Elles se sont trouvées et vont par paires. Si vous les regardez avec insistance et que vous vous montrez indiscret, elles vous diront « de quoi on se mêle ? ». À vrai dire, cette réflexion ne vaut pas un clou. Mais si vous insistez, sachez qu’il va vous en cuir et que vous allez entamer une guerre des tranchets.
Les godasses, les tatanes (platanes, pour les pieds plats) sont indispensables pour la marche, la course, etc. Elles chaussent les pieds qui prennent alors diverses identités :
- les pingouins (qui ne sont pas forcément manchots), les pinceaux, les gruyères, les arpions…
Le conte nous offre aussi une magnifique histoire dont Cendrillon est l’héroïne, elle qui chausse une chaussure de vair. Et pour finir, sachez que, dans la chaussure, on retrouve souvent la chaussette, homophone alsacien d’un joli prénom français !
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