Tranvouez jean philippeEcrire octobre2026

Par Jean-Philippe TRANVOUEZ

 DÉCLIC

Voilà une question intéressante, et qui appelle une plongée dans le passé. L'histoire commence, bien avant mon premier livre.

En 1992, j'avais 12 ans. J'avais décidé de lancer un journal, qui n'aura finalement eu que deux numéros vu la charge de travail que cela représentait. Le quotidien Ouest-France s'en amusera d'ailleurs dans un article, dont le chapeau disait : "il écrit, photographie, imprime, agrafe et vend son journal".

Ce fut ma première approche de l'écriture : quelques paragraphes, et des photographies pour illustrer.

Puis, le temps passant, je me pris de passion pour la photographie. Mais pas n'importe quelle photographie, celle qui informe : la photo de presse. Avec une règle, à l'époque de l'argentique : réussir à raconter toute une histoire en seulement douze ou vingt-quatre images.

Au sens étymologique, photographier, c'est écrire avec la lumière. Quelle belle définition ! Et je crois que déjà, c'est cette notion d'écriture qui me passionnait.

L'humour m'oblige à évoquer une anecdote croustillante. Alors que j'avais 18 ans, je travaillais pour le journal Ouest-France. Mon rédacteur en chef m'interpela un jour dans le couloir pour une demande à priori normale. Il me demandait de bien penser à écrire les légendes qui allaient avec les photos. Et moi de lui répondre : je suis un homme d'image, je n'écris pas, moi ! Je mesure aujourd'hui toute l'incongruité de l'échange.

Au fil des années, je me suis mis à écrire des articles de presse. Toujours donc, bien ancré dans le réel et dans le factuel. D'abord pour la presse écrite, puis pour la télévision. Là aussi, on écrit. Là aussi, on raconte le réel. Mais cette fois dans un style qui doit donner toute sa dimension à l'oralité de ce que l'on a écrit.

Et puis, il y a quelques années, la fiction m'a appelé. Je le dis dans ce sens-là, parce que je crois vraiment que c'était un appel en réponse à un besoin d'écrire autre chose. J'ai commencé par écrire un scénario. Toujours ce besoin d'oralité, de penser que les mots que je couchais sur la feuille seraient dits, prononcés, déclamés, avec une intonation que j'aurais impulsée dans mes descriptions. Quel bonheur de voir son histoire prendre forme sur un écran, d'entendre ses dialogues prendre vie dans la voix des acteurs.

Mais un scénario de film obéit à des règles de durée, de rythme, de nombre de dialogues, pour correspondre aux attendus du réalisateur comme du format final. Il faut laisser la place à l'image, et donc faire disparaître son texte derrière l'intention du réalisateur. Le roman est donc devenu l'étape finale de mon parcours.

Le roman est pour moi le plus beau moyen de voyager. Et très égoïstement, je pense d'abord aux voyages que je vais faire, avant de penser aux voyages que je propose aux lecteurs. Contrairement à d'autres auteurs, je ne sais pas construire une structure narrative complète avant d'écrire.

Je m'installe devant mon ordinateur. J'ouvre un nouveau fichier. Et je pars en voyage, avec en tête, l'idée assez vague d'un personnage et d'un thème. Une idée générale en somme.

Et puis, j'ai besoin de partir en promenade avec mes personnages. J'ai besoin de les écouter, de les regarder prendre une direction. Au fil des mots j'apprends à les connaître et je les suis dans le chemin qu'ils envisagent de prendre. Parfois, ils font fausse route… et je rebrousse chemin, avec eux. Parfois, ils semblent savoir exactement où ils veulent aller, et ils m'emmènent très loin en quelques heures. Ils n'ont aucune limite, et moi non plus. C'est sans doute aussi cela, la magie de l'écriture : c'est une évasion extraordinaire. C'est un appel à l'imagination, pour l'auteur qui doit construire un univers, mais aussi pour le lecteur qui pourra projeter les images qu'il veut sur les mots qu'il lit. Et je pense sincèrement que si la promenade a fait rêver l'auteur, elle pourra faire rêver le lecteur.

"Il faut écrire pour soi, c'est ainsi que l'on peut arriver aux autres."
(Eugène Ionesco)

Bas retourBas lien visite

Lectures de cette page
Total Characters

Ajouter un commentaire