Toki et le drakkar perdu
(Extrait - Chapitre I : Une idée géniale)
Le village de Fjordvik s’éveillait doucement.
Le soleil brillait sur les eaux calmes du fjord. Les mouettes tournoyaient dans le ciel en poussant leurs cris perçants. Sur le port, les pêcheurs transportaient des caisses de poissons tandis que les charpentiers terminaient leurs réparations sur les bateaux.
Tout semblait parfaitement normal.
Enfin… presque.
Parce que Toki avait une idée.
Et quand Toki avait une idée, les habitants de Fjordvik commençaient généralement à s’inquiéter.
Le jeune Viking courait à toute vitesse entre les maisons de bois.
Ses cheveux blonds volaient derrière lui.
Son sourire annonçait déjà des ennuis.
— Hachette ! Reviens ici !
Devant lui galopait une petite chèvre grise.
Dans sa bouche pendait un morceau de tissu rouge.
— C’est mon écharpe !
La chèvre accéléra.
Toki accéléra.
La chèvre tourna brusquement à gauche.
Toki tourna aussi brusquement à gauche.
Et termina sa course dans un tonneau vide.
BOUM.
Le tonneau roula sur plusieurs mètres avant de s’arrêter contre une pile de caisses.
Toki en sortit la tête.
— Je l’avais presque attrapée.
— Presque ? demanda une voix.
Olga se tenait devant lui, les bras croisés.
— Toki, tu étais à trois villages de l’attraper.
— C’était une stratégie.
— Bien sûr.
Hachette passa tranquillement derrière eux en mâchouillant l’écharpe.
— Tu vois ? dit Olga. Même elle ne te croit pas.
Toki se releva en époussetant sa tunique.
— Peu importe. Aujourd’hui est un grand jour.
— Pourquoi ?
— Je vais devenir un vrai Viking.
Olga soupira.
— Tu as déjà dit ça la semaine dernière.
— Cette fois, c’est différent.
— Comme la fois où tu as voulu dresser les mouettes ?
— Elles étaient presque dressées.
— Elles t’ont volé ton déjeuner.
— C’était la dernière étape de l’entraînement.
Olga leva les yeux au ciel.
Discuter avec Toki était parfois aussi compliqué que d’empêcher une chèvre de manger.
Justement, Hachette venait de commencer à grignoter une corde attachée à un poteau.
— Hachette !
La chèvre fit semblant de ne rien entendre.
Comme d’habitude.
Les deux enfants arrivèrent finalement près du port.
Là, une grande agitation régnait.
Des Vikings transportaient des provisions.
Des tonneaux étaient chargés sur un immense drakkar.
Des filets étaient soigneusement rangés.
Tout le village semblait occupé.
Toki s’arrêta net.
Ses yeux s’agrandirent.
— Regarde…
Au milieu du quai se trouvait le plus beau bateau qu’il ait jamais vu.
Long.
Rapide.
Élégant.
Sa proue sculptée représentait une tête de dragon aux crocs impressionnants.
Le grand drakkar de Fjordvik.
— Demain, il part pour l’expédition de pêche, expliqua Olga.
— Je sais.
— Mon père me l’a dit.
— Le mien aussi.
Toki observa les adultes travailler.
Ils semblaient tous savoir exactement quoi faire.
Son père soulevait des caisses sans effort.
Le chef Harald donnait des ordres.
Les marins vérifiaient les voiles.
Tout le monde avait une tâche importante.
Tout le monde sauf lui.
Une petite boule se forma dans son ventre.
— Tu sais ce qu’ils pensent ? demanda-t-il.
— Qui ?
— Les adultes.
— Non.
— Ils pensent que je suis encore trop petit.
Olga réfléchit un instant.
— C’est peut-être parce que tu as essayé de construire une catapulte avec le poulailler.
— Ça n’a rien à voir.
— Ou parce que tu as voulu apprivoiser un sanglier.