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Par Ellie et Patrick LAGNEAU

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En attendant la publication en juillet du second tome "Les nouvelles histoires d'Hector", Ellie et Patrick vous proposent de retrouver les facéties du héros avec l'une des dix histoires... 

Hector comédien

Hector comedien 1

Comme tous les lundis, Hector se lève pour aller à l’école. Mais ce lundi-là, il n’a pas envie d’y aller. Il n’est pas rassuré. Il a même peur. Peur de son maître, Monsieur Ferry. Pas parce qu’on dit qu’un de ses aïeux aurait inventé l’école, non, peur juste parce que c’est un maître sévère et autoritaire.
Et ce lundi-là, Hector a vraiment la trouille d’aller à l’école. Dans la classe de Monsieur Ferry, le premier de chaque mois, les élèves ont un bulletin à faire signer par les parents avec le classement du mois précédent !
Et ce lundi de novembre, juste après la Toussaint, Hector n’a pas fait signer son bulletin d’octobre à ses parents. Et pour cause ! Dans la section de la classe dans laquelle il se trouve, ils sont onze élèves. Et Hector est classé… dixième ! La honte ! S’il avait montré ça à Papa et Maman, il se serait fait remonter les bretelles…

Ah oui, gros malin, et tu crois que Monsieur Ferry ne va pas te les remonter les bretelles parce que t’as pas fait signer ton bulletin ?

Hector se sent vraiment coincé.

Et si je le montrais à Maman au dernier moment ?… Peut-être qu’elle ne verrait pas mon classement et signerait vite fait sans s’en apercevoir… Pfff ! Je suis vraiment nul ! Tu parles que maman s’en rendrait compte et quand Papa rentrerait du travail, elle lui raconterait tout et alors là, ce serait ta fête, mon vieil Hector…

— Eh bien, Hector, tu ne manges pas tes tartines ? demande maman en le regardant avec ses bras croisés sur la table devant son bol.
— Je n’ai pas faim…
— Tu es malade ?

Et c’est à ce mot que tout un scénario se met en place dans la tête d’Hector : s’il fait semblant d’être malade, Maman ne le mettra pas à l’école. Il restera à la maison et n’aura pas à affronter Monsieur Ferry avec son bulletin non signé. Hector sait qu’il peut très bien jouer la comédie…

— J’ai un peu mal au ventre…
— Ah ? Depuis longtemps ?
— Ça a commencé pendant la nuit…
— Tu aurais dû me réveiller. Je t’aurais donné du charbon…

Au souvenir du goût fade des granulés du médicament qui laisse la langue toute noire pendant des heures, Hector se demande s’il doit continuer à faire semblant d’avoir mal.

Réfléchis, mon gars ! Ou c’est le charbon, ou c’est Monsieur Ferry… Bon, je sais quoi faire…

Hector se lève en courant pour aller aux toilettes en se tenant le ventre à deux mains…

— J’ai envie de vomir…

Une fois seul dans les WC, il se met un doigt au fond de la gorge, juste pour provoquer des haut-le-cœur… Une fois… Deux fois… Trois fois…

Bon, là, y en a assez !

Hector tire la chasse d’eau, juste pour le bruit, et sort des toilettes, plié en deux, en se croisant les bras sur le ventre. Assis sur une chaise, il donne vraiment l’impression de souffrir.

— Tu as beaucoup mal ? demande Maman inquiète.
— Oh, là, là, oui ! Je n’ai jamais eu aussi mal que ça… C’est terrible…

Et à fond dans son scénario, le comédien Hector réussit un tour de force auquel il ne s’attendait pas lui-même : il commence à pleurer et de vraies larmes coulent sur son visage…

— Bon, on ne va pas rester comme ça, lance soudain Maman. Allez, viens, je t’emmène chez le médecin…

Cette fois, Hector n’en croit pas ses oreilles. IL A RÉUSSI ! Il a trouvé le moyen d’éviter la rentrée du lundi matin à l’école ! Et pas besoin de faire signer le bulletin…
Hector se trouve vraiment génial.
Un peu plus tard, il est en salle d’attente avec Maman. C’est sûr, elle ne pouvait pas prendre rendez-vous, alors il faut attendre que passent tous les patients qui étaient là avant eux. C’est normal. Et Hector se dit que plus ils attendront ici, moins vite il retournera à l’école.
Lorsque tout le monde est passé, le docteur Mumos les invite à entrer dans son cabinet. Toujours impressionnant le cabinet du docteur Mumos avec cette vieille odeur de médicaments.
Il les invite à s’asseoir et s’installe en face d’eux, derrière son bureau.

— Alors, Madame Pédot, qu’est-ce qui vous amène ?
— Je viens vous voir pour mon fils, Docteur. Il s’est levé ce matin avec un violent mal de ventre et il a même vomi.
— Bon, nous allons regarder ça ! Viens par-là, mon bonhomme et allonge-toi !

Hector obéit et s’allonge sur la table d’auscultation. Le médecin relève son pull et son tee-shirt et commence à palper son ventre…

— Tu as mal quand j’appuie là ?
— Non, ça va…
— Bon. Et là ?
— Non plus…
— Ah ?... Et ici ?

Hector réfléchit très vite. Il a intérêt à dire qu’il a mal au moins une fois, sinon le médecin risque de se douter qu’il fait semblant…

— Aïe ! Oui, là un peu…
— Ah, ah…  Et là ? demande le médecin en déplaçant légèrement ses doigts.
— Aïe ! Oui, oui, là aussi…
— Bon. Et si j’appuie ici ?

Il est nul, lui. S’il continue comme ça, il va me faire mal pour de bon…

— Hou, là ! Aïe ! Oui, là, ça fait mal…

Bon, j’espère qu’il va arrêter, maintenant…

— 
Tu peux te rhabiller, dit-il en retournant s’asseoir à son bureau.

— Alors, Docteur ? demande Maman.


Le médecin prend une pause comme pour faire durer le suspense, puis finalement lâche :


— Hector va devoir se faire opérer de l’appendicite !

Lapin, quoi ? s’interroge Hector, inquiet.

— Je vais téléphoner à l’hôpital pour une admission au service dirigé par un de mes confrères. Je pense qu’il pourra entrer dès demain.
— Je dois aller à l’hôpital, Maman ?

— Ne t’inquiète pas, dit le Docteur Mumos, c’est juste une petite opération pour te retirer un petit bout d’intestin qui est à l’origine de ton mal de ventre. Tu resteras quelques jours à l’hôpital, et après, tu seras comme neuf.

Sur le coup, Hector ne comprend pas trop bien ce qui lui arrive. Avant de retourner à la maison, ils repassent par l’école. Maman doit bien annoncer à Monsieur Ferry qu’il sera absent au moins une semaine pour se faire opérer de l’appendicite.


— Oh, le pauvre gamin ! dit l’instituteur. S’il avait mal au ventre depuis un certain temps, je comprends maintenant pourquoi son travail était en baisse le mois dernier. Vous avez dû le remarquer aux résultats de son bulletin ?

— Euh… son bulletin ?
— Oh, ce n’est pas grave, il devait être perturbé et il a oublié de vous le montrer… On verra cela plus tard… Ne vous inquiétez pas, Madame Pédot ! Allez, Hector, bon courage !


— Merci, M’sieur !

Et c’est ainsi qu’Hector s’est fait opérer de l’appendicite, tout content d’avoir échappé à la signature du bulletin.

Mais se retrouver à l’hôpital et se faire opérer, pour rien, ça… ça lui a quand même fait tout bizarre.

Hector comedien 2

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